Les producteurs de pétrole remettent le marché en risque
Certains pays souhaitent accroître la concurrence au risque de remettre en cause l’accord de réduction de production.
Publié le
Fabrice Anselmi
L’enjeu est de maintenir les cours dans un contexte de baisse drastique de la demande, du fait du Covid-19.
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Après plus de trois heures de réunion, lundi, les pays producteurs de pétrole de l’Opep+ ont remis à mardi leurs pourparlers en vue d’augmenter, ou non, la production de 0,5 million de barils par jour (mbj) pour février, option laissée possible en décembre au moment de décider de réduire les coupes de production de 7,7 à 7,2 mbj pour janvier. L’Arabie saoudite et la majorité souhaitent revenir dessus afin de prendre en compte la nouvelle escalade de contaminations au coronavirus, qui ralentit l’économie, et va probablement limiter encore la demande jusqu’en mars.
La Russie et le Kazakhstan souhaitent, eux, toujours faire valoir l’option de réduction des coupes de -0,5 mbj en février. En hausse lundi matin, les contrats à terme ont enclenché un mouvement baissier au fur et à mesure que ces divergences se confirmaient : de plus de -2%, à 47,50 dollars/baril, pour le contrat «Février 2021» sur le brut WTI, et de -1,7%, à 50,94 dollars/baril, pour le contrat «Mars 2021» sur le Brent.
Les pays de l’Opep se coordonnent depuis deux ans avec d’autres partenaires, comme la Russie, pour réduire l’offre et soutenir les cours face à une activité mondiale en baisse, fortement accentuée par la crise du Covid-19, qui les a amenés à décider d’une réduction de production record (-9,7 mbj) le 10 avril 2020. «Au milieu des signes encourageants, les perspectives pour le premier semestre 2021 sont très mitigées et il y a encore de nombreux risques baissiers à jauger», s’inquiétait, dimanche, le secrétaire général de l’Opep, Mohammad Barkindo. «Selon les conditions actuelles, des excédents sont attendus de février à avril, avant que la demande ne se rétablisse à partir de mai, donc une éventuelle décision de l’Opep+ de ne pas augmenter la production maintiendrait les soldes à un niveau gérable», analysait Bjornar Tonhaugen chez Rystad Energy.
Après s’être contracté de 66% en 2020, le trafic aérien devrait rester 50% au-dessous de son niveau de 2019 en 2021 quelles que soient les restrictions plus locales, et cette seule baisse de la demande de kérosène devrait continuer à limiter le potentiel du pétrole. Même si, à plus long terme, le sous-investissement du secteur – faute de capacités de financement pour le pétrole de schiste aux Etats-Unis et faute de nouveaux gisements pour le pétrole traditionnel ailleurs – finira par faire remonter les cours. «Il est probable que la production ‘non Opep’ ait atteint un plus haut, ce qui place l’Opep en pole position pour augmenter sa part de marché dans les prochaines années», estime Joel Hancock, spécialiste Oil & Gas chez Natixis.
Le PDG du pétrolier, Patrick Pouyanné, s’attend à ce que le prix du baril demeure durablement élevé en raison de cette crise qui devrait en outre inciter les Etats à renforcer leurs capacités en matière d'énergies renouvelables. Un domaine où le groupe français est également actif, contrairement à la plupart de ses pairs.
Le cours du Brent poursuit son repli vendredi et pourrait terminer la semaine sur une baisse supérieure à 10% alors que la perspective d’une amélioration de la situation au Moyen-Orient prend de l’épaisseur.
Contrairement aux producteurs de pétrole, le groupe d'ingénierie ne bénéficie pas de la hausse du cours de l'or noir et ses activités sont pénalisées à court terme par la guerre. Elle pourrait néanmoins être synonyme de nouvelles opportunités, notamment dans le gaz naturel liquéfié.
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