Les places boursières digèrent le plan de soutien de Joe Biden
Les marchés boursiers reprennent leur souffle après l’annonce d’un nouveau plan de soutien à l’économie américaine, sans surprise. En Europe, ce matin, les prises de profits s’accentuent à la mi-journée, l’indice Euro Stoxx 600 reculant de 0,7% vers 13h. Sur les différentes places boursières, Paris recule le plus, l’indice CAC 40 perdant 1,1%. A Francfort, le Dax cède 0,9%. A Londres, le FTSE 100 abandonne 0,9%. L’annonce de nouvelles restrictions, en France et en Allemagne, notamment, pour faire face au coronavirus, ainsi que l’aggravation de l’épidémie dans le monde, notamment en Chine, pèsent aussi sur la tendance. Hier, Wall Street a terminé en baisse, l’indice S&P 500 perdant 0,4%, avant les annonces de Joe Biden. Les contrats futures anticipent une ouverture en baisse à New York cet après-midi de 0,5 %.
Le nouveau président américain a dévoilé jeudi soir un projet de plan de soutien de 1.900 milliards de dollars pour réparer les dégâts économiques de la crise sanitaire du coronavirus et accélérer la lutte contre l'épidémie aux Etats-Unis, pays le plus touché au monde. Ce plan s’ajoute aux 900 milliards votés fin 2020 et aux 3.000 milliards du CARES Act.
«Une crise de souffrance humaine profonde est à la vue de tous et il n’y a pas de temps à perdre. Nous devons agir et nous devons agir maintenant», a déclaré le président élu lors d’un discours depuis Wilmington dans le Delaware, où il réside. Avec ce projet, Joe Biden entend lancer son mandat en concrétisant rapidement l’une de ses promesses électorales : aider l'économie et prendre le contrôle sur une épidémie qui a tué plus de 385.000 personnes aux Etats-Unis.
«Une fois de plus, il n’y a aucune hausse de taxe pour financer ce plan, ce qui signifie qu’il y aura une augmentation des émissions d’emprunts d’Etat», indique James Knightley , économiste chez ING.
Un nouveau chèque aux américains
Ce plan comprend 415 milliards destinés à renforcer la lutte et la vaccination contre le COVID-19, environ 1.000 milliards d’aides directes aux ménages et quelque 440 milliards d’aides aux petites entreprises et aux municipalités les plus gravement touchées par la crise sanitaire qui toucheront le plus gros de cette enveloppe. Cœur de ce nouveau paquet budgétaire d’urgence, les aides directes aux ménages comprendront un nouveau chèque de 1.400 dollars aux Américains dont les revenus annuels sont inférieurs à 75.000 dollars, bien plus que les 600 dollars versés au titre du dernier plan de relance voté par le Congrès fin 2020. L’allocation chômage sera augmentée à 400 dollars par semaine, contre 300 actuellement, et prolongée jusqu’en septembre.
Les chefs de file démocrates au Congrès, où le parti va disposer d’une majorité étroite dans les deux chambres, ont fait savoir jeudi avant le discours de Joe Biden qu’ils s'évertueraient à faire adopter rapidement le plan de relance. «L’objectif est de le faire adopter avant la fin du mois de mars, date à laquelle plusieurs des allocations spéciales de chômage prendront fin. Cependant, cela peut ne pas être simple», note-t-on chez ING.
D’abord, la procédure de destitution engagée à l’encontre de Donald Trump risque de retarder les travaux du Congrès. Ensuite, le président élu ne dispose que d’une majorité étroite (11 sièges à la Chambre des représentants et à égalité avec les républicains au Sénat). Or, Joe Bidenveut un vote bipartisan. Il va donc devoir convaincre suffisamment de modérés républicains pour le faire adopter dans sa forme actuelle. Alors que le vote à la Chambre des représentants paraît une formalité, il aura besoin de 60 voix au Sénat. «Compte tenu de l’hostilité du parti républicain à l’égard des aides aux Etats et aux municipalités, qui ne sera en aucun cas apaisée par la tension supplémentaire générée par la procédure de destitution, cette partie du plan pourrait avoir du mal à trouver un accord. De plus, de nombreux républicains sont passés à une position plus conservatrice sur le plan budgétaire depuis les élections, certains étant susceptibles de remettre en question le montant des prestations de chômage», poursuit l’économiste d’ING.
Une solution est de scinder le plan en plusieurs parties pour le faire adopter via la procédure de réconciliation budgétaire. Mais ce n’est pas possible pour tous les domaines budgétaires dont les aides aux collectivités locales, partie qui devra sans doute être amendée ou diluée pour obtenir suffisamment de soutien de la part des républicains, selon James Knightley.
Un deuxième plan Biden à venir
Le futur conseiller économique de Joe Biden à la Maison blanche, Brian Deese, a déclaré à Reuters qu’une fois le plan d’aide adopté, le président élu ferait pression sur le Congrès pour l’adoption de mesures de plus long terme liées aux soins de santé et aux infrastructures. Joe Biden a par ailleurs appelé jeudi le Congrès à relever à 15 dollars le salaire horaire minimum.Les aides aux ménages vont certes permettre de renforcer la croissance américaine cette année une fois l’épidémie contrôlée mais uniquement à court terme.
«Il est important de souligner qu’il ne s’agit que du premier plan de Joe Biden, note l’économiste d’ING. Il travaille déjà à un deuxième, axé sur les infrastructures et l'énergie verte. Cela pourrait aider à maintenir la dynamique économique dans les années à venir». Mais la nouvelle administration américaine n’échappera pas à la question du financement. «Joe Biden a suggéré que la suppression des exonérations fiscales pouvait aider, mais une augmentation des impôts sur les sociétés, sur le revenu et sur les plus-values est inévitable à un moment où la dette publique américaine dépasse largement 100% du PIB», juge James Knightley.
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