Les nouvelles règles de Pékin font dérailler les actions chinoises
Les actions chinoises ont connu un nouveau vent de panique lundi. Après le secteur des valeurs technologiques et l’immobilier, le secteur de l’éducation subit maintenant les décisions du gouvernement chinois. Une vente massive dans le secteur a eu lieu, entraînant une baisse de l’indice CSI 300 de 3,2% en début de semaine et l’indice Hang Seng a perdu 4,1%.
Les investisseurs craignent que le pouvoir réglemente tous les secteurs qui ont connu une forte progression en Bourse ces derniers temps. «Nous constatons des ventes de panique sur le marché. Les investisseurs envisagent la possibilité que Pékin resserre la réglementation sur tous les secteurs qui ont connu une croissance robuste ces dernières années», a confirmé à l’agence Bloomberg Castor Pang, responsable de la recherche chez Core Pacific Yamaichi. Ces flux vendeurs auraient pu être contrebalancés par des investisseurs «value», qui achètent des titres décotés, mais ce n’est pas le cas, aucun ne sachant exactement jusqu’où le recul peut aller.
Ce mouvement de baisse tient son origine dans une déclaration des autorités chinoises qui ont publié samedi des réformes qui modifieront fondamentalement le modèle commercial des entreprises privées dans le domaine de l’éducation. Selon la nouvelle réglementation, ces sociétés privées qui enseignent les programmes scolaires n’ont plus le droit de faire des bénéfices, ne peuvent plus lever des capitaux, ou aller en Bourse. «On ne sait pas quel niveau de restructuration les entreprises devraient subir avec ce nouveau régime et, à notre avis, cela rend ces actions pratiquement non investissables», ont commenté les analystes de JPMorgan Chase.
Fin de partie
Pékin veut reprendre en main un secteur qui, selon lui, a été «détourné par le capital». Dès vendredi dernier, les premières fuites concernant une réglementation du secteur avaient commencé à bruisser dans les marchés, suscitant une grande inquiétude. C’est maintenant devenu une réalité.
Cette déclaration du gouvernement chinois a été immédiatement suivie d’un avertissement lancé par New Oriental Education & Technology Group, qui a annoncé que la réglementation aurait un impact négatif important sur la société. Le titre, coté aussi aux Etats-Unis, a immédiatement perdu près de 50% de sa valeur. La société Koolearn Technology a chuté de 33% lundi à Hong Kong, enregistrant la plus forte baisse de l’indice Hang Seng Tech, qui a chuté de 6,6%. China Maple Leaf Educational Systems a, pour sa part, perdu plus de 10%.
Doutes
La décision de Pékin de donner un coup de frein à un nouveau secteur fait maintenant s’interroger les investisseurs sur les prochaines décisions que pourrait prendre le gouvernement chinois. Aucun secteur ne semble à l’abri de nouvelles réglementations. La rapidité de décision a surpris aussi. Il n’a fallu qu’un week-end pour que toute une activité, qui pèse environ une centaine de milliards de dollars, soit quasiment réduite à néant. Cette décision est aussi plus difficile que les dernières à comprendre pour les étrangers. Au mois de novembre 2020, lorsque la Chine avait provoqué le report de l’introduction en Bourse d’Ant Group, cela avait fait suite à une conférence au cours de laquelle son fondateur, Jack Ma, avait ouvertement critiqué le pouvoir en place. Si l’ajournement de la mise sur le marché d’Ant Group avait surpris, il trouvait cependant une explication. De son côté, Evergrande, l’un des principaux promoteurs chinois, a été tancé par le pouvoir en place, désireux de remettre de l’ordre dans un secteur présentant un effet de levier qui pouvait s’avérer dangereux. Là encore, l’argument pouvait se comprendre.
Mais concernant les sociétés d’éducation, le discours des autorités chinoises est beaucoup moins audible. Ces dernières invoquent la pression que mettent ces entreprises sur le système éducatif et les enfants en Chine. Les investisseurs y ont surtout vu une volonté du pouvoir de museler les entreprises dont la croissance apparaissait trop forte, comme elle l’a fait pour Ant Group, ou plus récemment pour Didi, la société de VTC qui s’est vu interdire l’utilisation de son application en Chine moins d’une semaine après son introduction en Bourse à Wall Street.
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