«Les monnaies digitales de banques centrales révolutionneraient le système de paiement»
L’Agefi : Comment interpréter les réflexions autour des monnaies digitales de banques centrales (MDBC) ?
Bruno Biais : Même digitales, ces monnaies seront contrôlées par les banques centrales. En cela, elles diffèrent radicalement des «cryptomonnaies» ou projets de type Libra. A quoi pourraient-elles servir ? Dans un monde où les cartes de paiement remplacent pièces et billets (émis par la banque centrale), elles seraient un moyen de redonner aux particuliers accès à la monnaie de banque centrale. Concrètement, les particuliers auraient un compte, en MDBC, à la banque centrale. D’un point de vue opérationnel, ces comptes pourraient être gérés par les banques commerciales, mais ne figureraient pas sur le bilan de ces banques. Cette ségrégation des comptes impliquerait que les dépôts en MDBC ne soient pas affectés par un défaut de la banque commerciale : le problème «too big to fail» ne se poserait plus, ce qui réduirait les problèmes d’aléa moral dans le secteur bancaire et la nécessité de réguler les banques, mais les dépôts collectés par les banques seraient aussi réduits.
Cela ne remettrait-il pas en cause leur financement ?
Les banques continueraient à proposer des crédits, mais les financeraient autrement, par des émissions de titres plutôt que par les dépôts. Leur contribution à la création monétaire serait moins grande. Leur rôle dans le système de paiement serait également réduit. Cette évolution devrait être progressive et accompagnée, sinon cela risquerait de fragiliser les banques.
A moins de créer des MDBC à l’usage unique des intermédiaires financiers ?
L’introduction d’une MBDC à l’usage unique des intermédiaires, gérée dans une «blockchain privée», n’induirait pas de changement économique significatif. Seule la création de MDBC à destination des particuliers aurait des effets majeurs. Du point de vue macroéconomique, les moyens de la politique monétaire seraient en effet modifiés : la banque centrale pourrait servir un taux d’intérêt négatif sur les comptes de dépôts des particuliers ; elle pourrait aussi distribuer de la monnaie hélicoptère, c’est-à-dire créditer les comptes de dépôts des particuliers pour stimuler la demande.
Du point de vue opérationnel, de nouveaux risques apparaîtraient, qui pourraient devenir systémiques. Ce serait par exemple le cas si la ségrégation entre dépôts bancaires et dépôts en MDBC n’était pas rigoureusement appliquée. Pour éviter ces risques, il faudrait mettre en place un nouveau type de contrôle prudentiel.
Plus d'articles du même thème
-
La réforme de la facturation électronique a bel et bien eu lieu
Outre la mise en conformité avec la directive européenne ViDA sur la TVA, l’objectif de la réforme à terme est de simplifier la vie des entreprises. Un projet ambitieux qui n'a pas été sans quelques déboires, tandis que l'administration n'a eu de cesse de chercher à rassurer les intéressés. -
Ces entreprises à l’épreuve de la facturation électronique
En mode projet ou en pilote, la direction financière doit naviguer entre les cas d'usage métier et la dimension internationale que soulève la réforme de la facturation électronique. Exemple chez Paris Ouest Construction et chez le groupe Mersen. -
Les fintechs sont les grandes gagnantes de la réforme de la facture électronique
Les fintechs dédiées aux comptes professionnels ont réussi à tirer leur épingle du jeu dans la bataille de la facture électronique. Des pépites françaises se retrouvent leaders du classement des plateformes agréées.
ETF à la Une
Les ETF mondiaux continuent de faire le plein, l’or et le bitcoin accélèrent en août
- Generali France rejoint le club des assurbanques
- Swift accorde un répit aux banques sur les adresses structurées
- Le pétrole bondit de plus de 3% après l’attaque américaine contre l’île de Larak
- John Ternus relève le défi de s’imposer à la tête d’Apple
- Le président de la Fed penche pour une hausse de taux dès septembre
Contenu de nos partenaires
-
IA : avec son nouveau modèle Astra, OpenAI assure le spectacle
L'entreprise de Sam Altman a dévoilé hier soir son nouveau modèle d'IA. La bataille à distance contre Anthropic pour dominer l'intelligence artificielle continue de plus belle -
Royaume-Uni : à Birmingham, le duo Farage-Bardella a rejoué la carte de l’Entente cordiale
Le chef du Rassemblement national était l’invité d’honneur de Nigel Farage à la conférence de rentrée de Reform UK. Sur la scène principale, ils ont signé un protocole d’accord autorisant le renvoi en France des migrants en situation irrégulière interceptés dans la Manche -
Entre l'Espagne et le Maroc, l'apaisement tourne au piège politique pour Pedro Sanchez
Après la crise migratoire à Ceuta, le Premier ministre espagnol rejette toute responsabilité du Maroc. Mais la stratégie pourrait lui coûter très cher, alors qu'il est accusé de manquer de fermeté jusqu'au sein de son gouvernement