Les ministres des Finances de la zone euro se penchent sur les « coronabonds »
Après avoir temporisé la semaine dernière, l’Eurogroupe est attendu au tournant mardi soir sur sa capacité à venir en aide aux économies frappées par les conséquences de l'épidémie de coronavirus.
Les ministres des finances de la zone euro se réunissent en visioconférence à 18h30. Ils devront clarifier l’action qu’ils souhaitent mettre en place face à l’épidémie de coronavirus et ses conséquences économiques. Les mesures qu’ils préconiseront seront discutées par les dirigeants européens jeudi.
Les discussions se focaliseront sur l’opportunité de mettre en oeuvre le Mécanisme européen de stabilité (MES). L’institution financière dispose de 410 milliards d’euros disponibles, soit 3,4% du PIB européen prêts à l’emploi. La semaine dernière, son président Klaus Regling avait jugé que le moment n’était pas venu d’utiliser ce dispositif, les Etats-membres ayant encore accès au marché, et ce, dans un contexte de taux bas.
Depuis, les appels se sont multipliés pour une utilisation préventive de l’instrument. L’Espagne, l’Italie et la France ont notamment demandé l’ouverture d’une nouvelle ligne de crédit pour les Etats membres. D’autre Etats, comme l’Allemagne et les Pays-Bas, considèrent toujours qu’il est prématuré de mettre en place le MES.
« Les Pays-Bas soutiennent l’utilisation du MES pour assurer un financement de dernier ressort pour ceux qui en auraient le plus besoin. Il est important de sauvegarder la force de frappe du MES pour de telles circonstances. Le succès et la confiance dans le MES sont fondés sur des règles claires », explique une source hollandaise.
Trois options sur la table
Ce soir, la Commission européenne (CE) et le MES présenteront les différentes possibilités d’activation du mécanisme.
Trois options seraient envisagées: un soutien aux Etats les plus touchés afin de réduire leur charge budgétaire, comprenant « des règles de retours qui peuvent être gérées dans la durée »; l’ouverture de lignes de précaution pour les Etats sous pression; l’émission de ‘coronabonds’ garantis par le MES.
Cette dernière idée a été proposée par le Premier ministre italien Giuseppe Conte. Il s’agirait de créer des obligations paneuropéennes permettant de répondre spécifiquement à la crise liée au coronavirus.
L’Allemagne et les Pays-Bas, habituels pourfendeurs de toute idée de mutualisation des dettes, ne se sont pas opposés d’emblée à la possibilité de sa mise en place dans le contexte de l’épidémie. L’idée a ensuite été défendue par plusieurs Etats membres dont la France.
Alternative envisageable
En fin de semaine dernière, le groupe parlementaire libéral (Renew) au Parlement européen a proposé une alternative: relancer les discussions autour de la proposition formulée en 2018 par la Commission européenne (CE) visant à créer un marché de titres adossés aux obligations souveraines (‘sovereign bond-backedsecurities’, SBBS).
Émis par les établissements privés, les titres SBBS consistent en un panier diversifié d’obligations souveraines de la zone euro. La proposition de la CE avait à l’époque été rapidement écartée, en raison notamment de l’opposition allemande. N’impliquant pas de mutualisation des risques, elle pourrait dans le contexte actuel susciter un consensus en sa faveur.
Hier, le ministre de l’économie allemand Peter Altmaier a cependant balayé d’un revers demain toute idée d’obligation paneuropéenne, considérant qu’il s’agissait là d’un « débat fantôme ».
Ce soir, les intérêts allemands seront toutefois défendus par Olaf Scholz, le ministre des finances social-démocrate qui avait démontré sa capacité à atténuer l’inflexibilité allemande, notamment sur le mécanisme de garantie des dépôts bancaires européen (EDIS).
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