Les marchés relativisent les mauvais chiffres de l’emploi américain
Conséquences d’une météo difficile ou d’une économie au plein emploi, ces chiffres sont perçus comme une anomalie statistique.
Publié le
Bastien Bouchaud
Alors que les analystes anticipaient 180.000 créations de postes en mars après 235.000 en février, le rapport du ministère du Travail américain faisant état de 98.000 nouvelles embauches le mois dernier a de quoi décevoir. Mais contrairement à l’an dernier, où chaque déception inquiétait sur l’état de l’économie, l’optimisme l’emporte. Après une première réaction négative, envoyant le rendement des Treasuries à 10 ans sous 2,30% et l’indice Bloomberg mesurant la force du dollar en territoire négatif, les marchés se sont vite repris. «Les valorisations sont encore à des niveaux historiquement élevés et une déception sur un indicateur est un prétexte à une réaction impulsive des investisseurs», avance Sean Lynch, co-directeur de la stratégie actions pour Wells Fargo. «Je ne serai pas surpris si les marchés se reprennent car ce chiffre ne signale pas une économie en difficultés ou en ralentissement.»
Au-delà des mauvais chiffres de l’emploi, mis sur le compte d’un mois de mars à la météo particulièrement difficile et d’une économie au plein emploi qui crée naturellement des postes à un rythme moins soutenu, les données du ministère du Travail sont en effet plus positives. Calculé à partir d’une enquête réalisée auprès des ménages (alors que les chiffres de création d’emploi sont issus d’une enquête auprès des entreprises), le chômage s’affiche ainsi en recul de 0,2 point à 4,5%, au plus bas depuis mai 2007, tandis que le salaire horaire moyen enregistre une progression de 2,7% sur un an, en ligne avec les attentes. Le taux d’activité de la population n’a lui pas varié.
La mauvaise performance de mars sonne néanmoins comme un avertissement face aux attentes d’un rebond significatif de la croissance économique comme des profits outre-Atlantique. La nervosité des investisseurs, également nourrie par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, s’est illustrée par le rebond de l’or, valeur refuge par excellence, qui gagnait 1,20% vendredi en fin d’après-midi. Les anticipations implicites de hausse de taux de la Fed ont à peine évolué, la Réserve fédérale ayant récemment davantage évoqué le dynamisme des hausses de salaires. «Les chiffres de l’emploi sont un autre ralentisseur pour le rebond des marchés actions», reconnaît Chris Gaffner, directeur des marchés chez EverBank. «Le dynamisme des marchés s’est dissipé.»
Le dernier rapport de stabilité financière analyse le levier croissant des hedge funds sur les marchés obligataires souverains via les stratégies d’arbitrage dites «basis trade». Des positions massives financées par les marchés de «mise en pension» («repo»), qui font peser un risque de ventes forcées et de volatilité accrue en périodes de stress.
Portée par la flambée des cours de l’énergie, la hausse des prix est à son plus haut niveau depuis trois ans aux Etats-Unis. Les dépenses de consommation PCE et le PIB restent également en croissance, mais pas les revenus des ménages Américains. Ce qui oriente plutôt la Fed vers un statut quo monétaire.
La pression sur Donald Trump liée aux élections de mi-mandat, aux marchés et aux munitions (les 3M) devait aboutir à une désescalade rapide du conflit en Iran, et guider des arbitrages qui n’ont pas vraiment eu lieu sur les marchés financiers. De quoi craindre un potentiel enlisement.
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