Les marchés ne s’inquiètent pas encore pour la dette américaine
Alors que les Etats-Unis s’apprêtaient à adopter le nouveau plan de soutien de 480 milliards de dollars supplémentaires pour soutenir les PME et les hôpitaux face à la crise du coronavirus, le Bureau du Budget au Congrès (CBO) a publié son chiffrage du troisième plan : le Cares Act, de 2.150 milliards environ, augmentera le déficit américain de 1.600 milliards en 2020 et de 450 milliards en 2021, en large partie via une augmentation des dépenses. Les 454 milliards débloqués par le Trésor pour les facilités cofinancées avec la Fed ne sont pas comptabilisés car censés s’équilibrer avec les recettes.
«Lorsqu’on prend en compte les trois premières phases de soutien, l’augmentation du déficit sera de 1.750 milliards en 2020 et 500 milliards en 2021, note Bastien Drut, stratégiste chez CPR AM. Si on part des 1.050 milliards de déficit existant, de l’hypothèse que les recettes fiscales baisseront de 4 points de PIB comme en 2008, et si on ajoute les 480 milliards de la phase 4 votée jeudi, on aboutit à un déficit de 4.150 milliards pour 2020, soit un record de 19% du PIB.»
En théorie, la Fed est censée «monétiser» l’afflux de dette américaine. C’est ainsi qu’on peut interpréter la relative stabilité sur les US Treasuries à 10 ans depuis qu’elle a recommencé ses achats massifs le 13 mars, à un rythme inédit de 75 milliards par jour. «Ce rythme est ensuite redescendu à 60 milliards par jour, puis 50, 30, et 15 cette semaine… et nous n’avons aucune indication pour les semaines qui suivent. Les rares communications de la Fed de New York indiquaient que l’ampleur des achats les premières semaines se justifiait par la perte de liquidité sur le marché des Treasuries, mais le communiqué du FOMC du 23 mars laissait entendre des achats illimités pour assurer une bonne transmission de la politique monétaire», poursuit Bastien Drut.
Avec 1.600 milliards depuis janvier - dont 60 milliards mensuels qui prévalaient d’octobre à mars pour calmer les marchés interbancaires, la Fed a acheté largement plus que les autres banques centrales : «La poursuite sur un rythme de 15 milliards par jour pendant six mois suffirait à absorber l’essentiel du déficit, mais pas forcément au-dessous. Pour le moment, le Trésor s’est essentiellement financé via des T-bills, avec 900 milliards en avril, comme en 2008, quand il avait basculé sur des titres longs après six mois. Le même test attend le marché d’ici à quelques mois : si la Fed achète alors moins de titres longs, les taux longs pourraient repartir à la hausse», conclut Bastien Drut.
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