Les initiatives de tarification du carbone se multiplient
Selon la Banque mondiale, il existe dans le monde 45 initiatives de politiques publiques visant à donner un prix au carbone. Ces dernières années, on assiste à une montée en puissance de ces dispositifs, avec aujourd’hui près de 20 % des émissions mondiales couvertes par un prix.
Ces initiatives prennent la forme soit de marchés du carbone, soit de taxes sur le carbone. Un marché du carbone établit un plafond de réduction des émissions pour un certain nombre de secteurs économiques, plafond environnemental divisé en autant de quotas à attribuer aux participants concernés. L’objectif est de faire émerger un prix capable d’inciter les émetteurs à réduire leurs émissions. De son côté, la taxe ne prévoit pas d’objectif environnemental mais fixe directement un prix. On dresse ensuite le bilan environnemental de la mise en œuvre de cette taxe, à savoir le montant de la réduction des émissions.
Jusqu’à présent, les initiatives des pouvoirs publics ont surtout pris la forme de marchés du carbone. La Chine va lancer son système d’échange de quotas carbone à partir de 2020 à l’échelle nationale, après avoir lancé des pilotes régionaux et municipaux ces dernières années. L’Europe a été pionnière dès 2005. En Amérique latine apparaît également un certain nombre d’initiatives de marchés du carbone. Mais depuis trois ans, de nouveaux pays, souvent en développement ou émergents, se lancent dans la tarification du carbone en instaurant des taxes. Mettre en place des marchés nécessite un certain nombre de prérequis que ces économies ne maîtrisent pas encore, comme un marché de l’énergie totalement libéralisé. Or il est important qu’un marché du carbone fonctionne pleinement pour que s’établisse un prix du carbone.
En 2017, la Banque mondiale a piloté une commission de grands économistes présidée par Nicholas Stern et le prix Nobel Joseph Stiglitz pour évaluer les valeurs du carbone qui permettraient de respecter l’engament de l’accord de Paris (avec une hausse de la température moyenne mondiale limitée à 2 °C à l’horizon 2050). La conclusion de la commission des grands économistes est qu’en 2020, une fourchette cohérente avec l’accord de Paris devrait être comprise entre 40 et 80 dollars la tonne de CO2. Avec des prix autour de 16 euros la tonne comme on le voit aujourd’hui en Europe, on est encore très loin d’engager notre économie sur une trajectoire bas carbone.
Emilie Alberola, responsable de la politique climat et des mécanismes de marché chez EcoAct (vidéo tournée le 30/05/2018)
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