Les élections divisent une Espagne encore en croissance
Dimanche 28 avril, l’Espagne retourne aux urnes pour élire ses députés pour la troisième fois en quatre ans. Pedro Sanchez, le chef du gouvernement, a convoqué ces élections après l’échec du vote du budget 2019. Son parti, le parti socialiste (PSOE), arriverait en tête du scrutin, selon les sondages, mais sans obtenir de majorité absolue (176 sièges). Cette élection est la plus polarisée depuis le retour de la démocratie en Espagne, avec l’émergence du parti d’extrême-droite Vox et l’éparpillement des voix entre de multiples formations. Former une coalition de gouvernement paraît donc difficile. Le plus probable est un accord entre le PSOE et son actuel partenaire de gouvernement Podemos.
«La formation d’un nouveau gouvernement prendra du temps car les différents partis ne devraient engager des discussions qu’après les élections régionales et européennes le 26 mai», souligne Goldman Sachs. Les investisseurs ne semblent toutefois pas inquiets, le spread de la dette espagnole évoluant autour de 105 points de base (pb) depuis plusieurs semaines (260 pb pour l’Italie). De fait, «même si l’incertitude politique est plus grande après le vote, l’Espagne devrait continuer à bien se comporter du point de vue économique», note Capital Economics, qui anticipe une croissance de 2,3% cette année, puis de 1,5% en 2020, contre 0,8% chacune des deux années en moyenne dans la zone euro.
Bien sûr, la croissance ralentit, comme le souligne Oxford Economics, mais elle devrait rester supérieure à celle de la zone euro et converger vers son potentiel (1,5%). L’économie espagnole n’est en effet pas immunisée contre le ralentissement de la croissance mondiale tandis que la demande interne, véritable moteur ces dernières années, devrait plafonner compte tenu d’un marché du travail qui commence à ralentir et d’un taux d’épargne des ménages au plus bas.
Mais c’est surtout sur le moyen terme que le résultat de cette élection va jouer, vu les importants défis auxquels le pays reste confronté (dualité du marché du travail, système de retraite insoutenable…). Le risque est que la fragmentation du parlement rende plus difficile la mise en œuvre de réformes économiques qui doivent notamment permettre d’augmenter le potentiel de croissance. «Nous pensons notamment aux réformes permettant d’améliorer une productivité qui reste faible», note Capital Economics, qui rappelle que celle-ci n’a progressé que de 0,2% par an depuis 1990, juste un peu mieux que l’Italie mais nettement moins que l’Allemagne.
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