Les cours du pétrole sont appelés à remonter, même sans autre agression
Les cours sur le pétrole se sont violemment inversés lundi matin, après que deux installations de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco, à Abqaïq (plus grand site mondial de transformation de brut) et Khouraïs, ont été attaquées samedi par des drones envoyés par le mouvement yéménite Houthi, provoquant l’interruption partielle de la production sur 5,7 millions de barils par jours (mbj), soit près de la moitié de la production saoudienne (pétrole et gaz) et 5% de la production mondiale (pétrole). Après avoir pris +20% en début de séance – record depuis la Guerre du Golfe en 1991–, les contrats sur le WTI et le Brent gagnaient plus de +11% lundi soir, respectivement autour de 62 et 68 dollars, des niveaux jamais vus depuis mai et la confirmation de la guerre commerciale sino-américaine.
Alors que les déclarations publiques tant yéménites que nord-américaines tendaient à «mettre de l’huile sur le feu», la compagnie Aramco a expliqué avoir besoin de plusieurs mois pour retrouver sa production normale, avant de préciser qu’une petite partie de la production – un tiers peut-être – pourrait reprendre rapidement. «Lesquels des 18 sites ont été touchés par ces attaques précises et organisées ? On ne sait pas encore, remarque Benjamin Louvet, gérant matières premières chez Ofi AM. C’est vital pour l’Arabie saoudite qui a, normalement, des processus précis pour répondre à tous types d’interruption, notamment des installations de remplacement. En outre, le pays a près de 200 millions de barils en stocks ce qui, pour une production quotidienne de 7 millions, lui permettrait de tenir 30 à 45 jours selon le rythme de la reprise.» Aramco n’ayant pas encore repoussé son projet d’introduction en Bourse, prévue pour la fin d’année, la compagnie sera proactive pour rétablir ses capacités de production très rapidement, mais les tensions devraient continuer à impliquer une «prime géopolitique», de l’ordre de 3 dollars supplémentaires en cas de retour à la normale rapide, de 10 à 15 dollars sinon.
Vers les 100 dollars à moyen terme
D’un point de vue structurel, les agences (AIE, EIA, Opep) n’ont cessé de réviser à la baisse leurs prévisions de demande pour 2019 face au ralentissement et aux effets de la guerre commerciale : de +1,5 mbj en janvier (sur un total d’environ 100 mbj), leurs estimations sont passées à +1 mbj avec des perspectives à la baisse en cas de mauvaises nouvelles venant de Chine. «Et la hausse des prix pourrait avoir renforcé ces pressions à la baisse sur la demande à trois ou six mois. Ceci dit, la demande sera soutenue au quatrième trimestre par une nouvelle norme sur le diesel dans le transport maritime, et les derniers chiffres confortent nos doutes sur l’avenir du pétrole de schiste, poursuit Benjamin Louvet : la baisse des prix a touché les entreprises américaines concernées, qui ont toujours plus de difficultés à lever les fonds nécessaires aux investissements exponentiels sur ce segment et n’ont jamais réussi à dégager de free cash-flows positifs ; leur endettement a dépassé les 100 milliards de dollars, dont 60 non sécurisés selon la banque Haynes & Boone ; la production nord-américaine apparaît en léger recul et les meilleurs actifs ont été épuisés, ce qui ne va pas dans le sens d’une amélioration de la productivité.»
La production de pétrole conventionnel ayant touché son pic en 2008 selon l’AIE, ces doutes sur le pétrole de schiste laisseraient présager, sauf nouveau grand ralentissement de la croissance mondiale, une remontée des cours plutôt autour de 100 dollars d’ici à fin 2020.
Plus d'articles du même thème
-
BP réduit son endettement net d’environ 37% en un seul trimestre
Malgré des dépréciations dans ses activités bas carbone, le groupe britannique a tiré parti d’un contexte favorable dans le raffinage et le trading gazier. -
Malgré les vents contraires, l'économie mondiale devrait continuer à croître de plus de 3%
Le Fonds monétaire international a légèrement revu à la hausse ses prévisions de croissance grâce notamment à l'importance des investissements dans l'IA. Plusieurs éléments menacent toutefois la bonne tenue de l'économie mondiale. -
Entre espoirs en Ukraine et escalade en Arabie saoudite, le pétrole hésite
Les cours des produits pétroliers sont volatils après des événements contradictoires. La Russie devrait débloquer des milliers de tonnes de diesel mais les houthis attaquent l’aéroport de Riyad.
ETF à la Une
BlackRock veut ajouter une catégorie de parts ETF à cinq fonds actifs
- Worldline s'assure une place dans la course à l'agentique
- Danfoss réussit une émission obligataire malgré la cyberattaque en France
- La France a encore des raisons de croire en son économie
- L’exposition à géométrie variable des banques françaises au risque souverain
- Les banques françaises ne savent pas parler aux femmes
Contenu de nos partenaires
-
Dark webAubagne : qu’est-ce que la TCC, la mouvance à laquelle le tireur est soupçonné d’adhérer ?
Les investigations portant sur la fusillade dans un collège à Aubagne, qui a fait deux blessés, pointent le rôle de la True Crime Community. Une mouvance obscure, mais déjà bien identifiée par le renseignement intérieur -
AdditionSécurité sociale : ces cinq taxes sur le privé prévues dans le PLFSS 2027
Les députés planchent en commission sur la partie « recettes » du budget de la Sécurité sociale depuis mardi soir. Ils ont jusqu’à vendredi pour se prononcer sur l’ensemble du texte -
Partenaires particuliers« Pas un proxy, mais un partenaire stratégique » : l'alliance entre les Houthis et l'Iran qui fait trembler l'Arabie saoudite
Né dans les montagnes du nord du Yémen dans les années 1990, le mouvement yéménite s'est progressivement rapproché de Téhéran, dont il constitue désormais un puissant allié