Les concurrents des «Big Four» promeuvent l’audit conjoint en Europe
Les cabinets d’audit français petits et moyens veulent remettre sur la table la question du développement de l’audit conjoint en Europe. Cinquante cabinets indépendants (dont les réseaux Crowe Horwath et ATH) se sont regroupés au sein du collectif «Option Initiatives Audit», pour convaincre les législateurs européens des avantages de cette pratique, généralisée dans l’Hexagone.
En novembre dernier, la Commission a proposé une série de mesures pour ouvrir le marché dominé par les «Big Four» (PwC, Deloitte, KPMG, Ernst & Young). Mais notamment sous la pression de ces derniers, Bruxelles a renoncé à proposer le co-commissariat, au prétexte que s’il présente «certains attraits», il peut être une «source de difficultés en pratique».
La Commission encourage seulement l’audit conjoint, en permettant aux entreprises qui l’adoptent de ne changer de cabinets que tous les neuf ans, contre six ans pour celles qui le refusent. «La prime est très faible, il n’y aura aucune incitation réelle au co-commissariat», déplore Stéphane Marie, associé au sein du cabinet d’audit et de conseil Corevise. Aux yeux de son collectif, l’audit conjoint permet, grâce aux regards croisés des experts, d’améliorer la qualité de l’audit. Et dans le cas où la rotation serait généralisée, «être deux cabinets évite que la rotation ne soit traumatisante et provoque une sorte de déperdition de mémoire», ajoute Stéphane Marie.
Ce serait surtout un moyen efficace d’ouvrir le marché. Selon la Commission, la part de marché des «Big Four» est supérieure à 85% dans la plupart des pays membres. En Grande Bretagne, ils analysent les comptes de 95% des sociétés du FTSE 350 et en Allemagne, seuls deux cabinets ont un mandat pour 90% des sociétés du Dax 30. Les représentants allemands de dix cabinets (dont Baker Tilly International, BDO, Mazars) se sont d’ailleurs fendus d’une lettre au gouvernement pour demander l’imposition de l’audit conjoint dans les plus grandes entreprises.
Pour éviter que le système échoue à ouvrir le marché, comme ce fut le cas au Danemark, un cabinet ne devrait pas recevoir plus des deux tiers des rémunérations versées. Et à ceux qui arguent que l’audit conjoint est coûteux, les cabinets répondent que les frais d’audit ne sont pas plus importants en France, où il est appliqué, qu’ailleurs en Europe. Tous ces arguments seront évoqués lors des négociations entre le Parlement et le Conseil sur le texte de la Commission.
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