Les banques tentent d’isoler l’Eonia des polémiques sur l’Euribor
Arrêter l’hémorragie. L’Euribor-EBF, l’émanation de la Fédération bancaire européenne chargée de produire chaque jour les taux interbancaires servant de référence à de nombreux contrats dérivés et prêts, a décidé de scinder dès le 1er juin les panels des banques contributrices à l’Eonia, d’un côté, et à l’Euribor, de l’autre. Aujourd’hui, 36 établissements contribuent de manière indifférenciée à l’élaboration des taux.
«La décision a été prise dans le contexte de réforme de la gouvernance du benchmark et du mode de fixation des taux, explique l’Euribor-EBF. Il vise à encourager les banques à se joindre, ou à rejoindre à nouveau les panels respectifs des taux de référence en fonction de leur niveau d’activité et de connaissance des différents segments de marché».
Le panel de l’Eonia et de l’Euribor fait face à une vague de défections de la part des banques contributrices depuis que Barclays a été sanctionnée par les régulateurs pour avoir tenté de manipuler le Libor mais aussi le benchmark en zone euro. Les promoteurs de l’Euribor vantaient pourtant sa sécurité en raison du plus grand nombre de banques contributrices qui y sont associées. La multiplication des enquêtes, toujours en cours, a provoqué le départ de certains établissements qui craignent de s’exposer à un risque juridique dans la mesure où l’Euribor est fondé sur des déclarations, et non des transactions effectives.
La semaine dernière, deux banques allemandes, LBBW et Helaba, ont indiqué qu’elles cessaient de contribuer au panel à compter du 31 mai. Deux autres, Landesbank Berlin et BayernLB, ont déjà déserté l’Euribor cette année, de même que Raiffeisen, UBS ou encore Rabobank.
La séparation des deux panels permettra de préserver l’Eonia, qui pâtissait sans raison de ces départs. La fabrication du taux au jour le jour, beaucoup plus sûre que celle de l’Euribor, ne laisse pas de place à la manipulation ou au risque juridique. L’Eonia consiste en une moyenne pondérée de toutes les transactions interbancaires overnight, donc basée sur un vrai marché. Il est calculé avec l’aide de la BCE, une caution inattaquable.
Mais cette décision soulève aussi le risque d’une accélération des départs au sein du futur panel Euribor. D’où le rappel à l’ordre de la BCE vendredi, qui a «fortement encouragé» les banques à y rester. L’Euribor-EBF a rappelé que la Commission européenne envisage de rendre obligatoire la contribution des banques.
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