Les banques d’investissement vont se spécialiser davantage
Les banques d’investissement seront amenées à bouleverser leurs stratégies pour rétablir la rentabilité de leur fonds propres. Elles devront prendre des décisions radicales. Des contraintes pèsent sur l’activité, alors que les revenus n’augmenteront pas dans les prochaines années. Les normes prudentielles accroissent les exigences en capital et en liquidité, et la réglementation de marché (Dodd-Frank Act aux Etats-Unis, règlement Emir et directive MIF en Europe) nécessite de lourds investissements informatiques. Dans ce contexte, le cabinet de conseil BCG estime dans une étude publiée hier que cinq modèles économiques s’imposeront.
Environ 70% des volumes de trading seront exécutés électroniquement par ce que le cabinet nomme des «fournisseurs de flux», lesquels ne pourront retrouver une rentabilité proche des niveaux d’avant-crise qu’à travers des économies d’échelle.
Des «experts de la relation» en traiteront 20%. Exclusivement orienté vers leurs clients, ils devront adapter leur organisation, dans laquelle les responsables de clientèle sont au poste de commande et travaillent en architecture ouverte. «Ce modèle exige de prendre des décisions difficiles, comme sortir les clients non rentables», explique Philippe Morel, associé chez BCG.
Les 10% restants seront traités par les «principal traders», capables d’élaborer des solutions d’investissement et de couverture compliquées et de prendre des risques de contrepartie. Si l’étude ne cite aucun nom, Goldman Sachs pourrait correspondre à ce modèle.
Ainsi spécialisées, les banques seront amenées à collaborer. Mais cette situation attirera d’autres intervenants. Les «category killers» moins réglementés (hedge funds, plates-formes, boutiques de M&A…) s’attaqueront à certains métiers traditionnellement dominés par les banques comme le trading pour compte propre ou les placements privés obligataires. A l’autre bout du spectre, les «utility providers» (dépositaires, sociétés informatiques) interviendraient dans les métiers délaissés par les banques car moins rentables, comme la compensation ou la gestion du collatéral.
«Toutes ces stratégies existent déjà: les banquent les exercent souvent ensemble. Mais désormais, elles ne pourront plus tergiverser, alors qu’elles se sont pour l’instant contentées de mesures faciles pour s’adapter au contexte, comme la baisse des rémunérations. Peu encore ont fait de choix fondamental», souligne Philippe Morel.
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