Les banques américaines se montrent prudentes

Leur exposition au risque de marché diminue, sans trop entraver les résultats du premier trimestre
Alexandre Garabedian
La VaR des quatre grandes banques américaines en baisse.
La VaR des quatre grandes banques américaines en baisse.  - 

C’est l’un des enseignements des résultats enregistrés au premier trimestre par les banques américaines. Celles-ci ont bénéficié du rebond de l’activité sur les marchés après un quatrième trimestre marqué par le pic de la crise de la dette en zone euro, mais ne semblent pas pour autant avoir accru leur prise de risque, si l’on se réfère à leur value at risk (VaR), l’indicateur le plus courant. Celle de Morgan Stanley, qui publiait ses comptes hier, a par exemple décru dans les mêmes proportions que la VaR de Goldman Sachs.

Les value at risk publiées mesurent la perte potentielle maximale pour un jour donné sur les marchés, avec une probabilité de 95% (ou 99% dans le cas de Bank of America). L’indicateur n’est pas une panacée, et sa variation traduit aussi celle d’indicateurs de stress: la volatilité ayant baissé au premier trimestre, les VaR reculent. Mais il permet d’apprécier le degré d’exposition au risque des banques dans leurs activités de marché.

Sur un an, les grands de Wall Street sont tous parvenus à réduire leur VaR. Entre fin décembre et fin mars, celle de Morgan Stanley a baissé d’un tiers, à 84 millions de dollars, et celle de Goldman Sachs de 30%. Celle de JPMorgan est en très légère hausse, alors que dans le même temps, le groupe a enregistré un bond de 87% de ses revenus dans les métiers de taux et de 66% dans les actions. Morgan Stanley, qui a affiché hier une perte de 78 millions de dollars en raison de l’effet comptable lié à la revalorisation de sa dette, voit ses revenus progresser de 34% dans le trading de taux et de matières premières. En revanche, sur un an, les résultats des banques d’investissement restent orientés à la baisse.

«Si vous regardez à la fois notre VaR et nos actifs pondérés du risque, on voit que nous avons été capables de prendre moins de risque et de générer le même niveau de revenus (5,2 milliards de dollars, ndlr)», explique pour sa part Bruce Thompson, directeur financier de Bank of America. Raison invoquée par le dirigeant: «dans la ligne fixed income, credit et matières premières, la performance a été tirée par les taux et les changes, dont la force est due principalement à des flux clients». Bank of America continue à réduire par ailleurs les actifs hérités de la crise.

Malgré ce premier trimestre encourageant, les dirigeants de banques américaines ne s’enflamment pas. «Nous avons assisté à une amélioration du prix des actifs mais nous sommes restés prudents en matière de risque et devrions continuer à l’être vu l’environnement, soulignait mardi David Viniar, le directeur financier de Goldman Sachs. Cela reflète aussi la prudence de nos clients vis-à-vis du risque».

Les banques d’investissement ont d’autant plus intérêt à faire profil bas qu’elles s’exposent, à court terme, à des dégradations de leur notation. Moody’s doit ajuster d’ici à fin juin ses notes sur l’ensemble du secteur, en annonçant des abaissements allant jusqu’à trois crans pour Morgan Stanley. Une telle décision pèserait sur les activités de marchés des banques en les forçant par exemple à apporter davantage de collatéral dans leurs transactions sur dérivés. «Nous avons réduit le champ des activités ou des positions qui pourraient être affectées par tout changement de note», indiquait hier Ruth Porat, la directrice financière de Morgan Stanley. Le groupe a notamment réduit la voilure dans son activité de dérivés structurés, et pourrait déplacer une partie des dérivés dans une filiale mieux notée.

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