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Derrière l’essor des obligations convertibles, une mutation profonde de la classe d’actifs
La croissance spectaculaire du marché des obligations convertibles ne tient pas à un seul facteur. Elle résulte de la convergence de plusieurs dynamiques structurelles qui ont profondément transformé la classe d’actifs ces dernières années,
La première est la remontée des taux d’intérêt. Le choc inflationniste de 2022 a rebattu les cartes du financement des entreprises. Dans ce nouvel environnement, les obligations convertibles sont redevenues un outil attractif pour optimiser le coût du capital. La capitalisation du marché est ainsi passée d’environ 350 milliards de dollars il y a quatre ans à plus de 620 milliards aujourd’hui, retrouvant les niveaux observés au début des années 2000.
Le deuxième facteur est lié à l’intelligence artificielle. Les besoins de financement des acteurs technologiques ont fortement progressé sous l’effet des investissements massifs dans les infrastructures numériques et les centres de données. Cette dynamique a alimenté une vague soutenue d'émissions convertibles, principalement aux Etats-Unis mais également en Asie. En 2025, le marché primaire a atteint un niveau record de 160 milliards de dollars d'émissions.
Enfin, la base d’investisseurs s’est considérablement élargie. Aux investisseurs traditionnels se sont ajoutés de nombreux hedge funds spécialisés dans les stratégies d’arbitrage de volatilité. Cette évolution a contribué à accroître la profondeur et la liquidité du marché. Aux Etats-Unis, qui représentent près des trois quarts du gisement mondial, les volumes quotidiens moyens ont presque triplé en cinq ans à près de 6 milliards en 2026.
A lire aussi : Les obligations convertibles ont joué leur rôle d’amortisseur
Nouvel équilibre du marché
Cette croissance a toutefois modifié la structure même du marché. L’intérêt historique d’une obligation convertible repose sur sa capacité à combiner exposition aux actions et protection obligataire. Cette asymétrie de comportement, souvent désignée sous le terme de « convexité », permet de participer à une partie de la hausse des marchés tout en amortissant les phases de baisse grâce au plancher obligataire.
Or cette caractéristique est aujourd’hui moins répandue qu’il n’y paraît.
Toutes les obligations convertibles n’offrent pas le même profil. Certaines se comportent principalement comme des obligations et offrent peu de participation à la hausse. D’autres, à l’inverse, évoluent presque comme des actions et ne procurent qu’une protection limitée. Entre les deux se trouvent les convertibles dites « mixtes », qui constituent le cœur historique de la classe d’actifs.
Le problème est que la croissance récente du marché s’est accompagnée d’une augmentation du poids des profils les plus sensibles aux marchés actions. Une part significative des convertibles présentes dans les grands indices se comporte désormais davantage comme une action que comme un instrument hybride. Plus de 40 % de l’indice large présentent aujourd’hui un « delta » supérieur à 80 % contre environ 10 % seulement dans l’indice Focus. Dans certains segments liés à la technologie et à l’intelligence artificielle, la forte appréciation des sous-jacents a même considérablement réduit le rôle protecteur du plancher obligataire.
Deux approches
Cette évolution soulève une question centrale pour les investisseurs : comment préserver les caractéristiques qui ont fait le succès de la classe d’actifs ? Deux approches paraissent déterminantes.
La première consiste à retenir le bon indice de référence. Le FTSE Russell Global Focus Convertible Index est mieux équilibré : son rebalancement mensuel permet de préserver un profil de convexité plus homogène. Il constitue à ce titre un benchmark plus pertinent que l’indice large.
La seconde est la gestion active. Dans un marché dont la composition évolue rapidement, la sélection des émissions devient un facteur de plus en plus important. Cette réalité est renforcée par une autre caractéristique du marché : une majorité d'émetteurs ne disposent pas de notation de crédit externe. Les obligations convertibles offrent ainsi un accès à des entreprises souvent absentes des univers obligataires traditionnels, mais nécessitent en contrepartie un travail d’analyse approfondi.
Au-delà de ces considérations techniques, plusieurs variables mériteront une attention particulière au cours des prochains trimestres : l'évolution de la qualité de crédit des émetteurs, la dynamique du marché primaire, le degré de dispersion des marchés actions ainsi que la trajectoire des taux d’intérêt.
Le marché des obligations convertibles est aujourd’hui plus vaste, plus liquide et plus diversifié qu’il ne l'était il y a quelques années. Mais cette croissance a également transformé la nature de la classe d’actifs. Dans cet environnement, l’enjeu n’est plus seulement de s’exposer aux convertibles ; il est de distinguer les segments qui conservent les propriétés asymétriques qui ont historiquement fait leur intérêt.
A lire aussi : Vers un regain de forme des convertibles en 2025
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