Les banques américaines risquent des rachats de portefeuilles hypothécaires

Ils pourraient coûter plus de 75 milliards de dollars aux établissements concernés. Mais le risque systémique semble écarté
Antoine Landrot

La menace se précise. La procédure entamée par la Réserve fédérale de New York et huit sociétés d’investissement à l’encontre de Bank of America (L’Agefi du 20 octobre) concrétise soudain un risque supplémentaire planant sur l’ensemble des établissements outre-Atlantique ayant vendu des titres adossés à des créances hypothécaires (mortgage-backed securities, MBS). En outre, les noms des plaignants (hormis la Fed, on compte notamment Blackrock, Pimco, Metlife, ainsi que les deux principales agences de refinancement Freddie Mac et Fannie Mae) ne sont pas faits pour rassurer Bank of America (BoA) quant à l’issue de la procédure.

Les gérants d’actifs, les compagnies d’assurances et autres investisseurs ont, pendant la bulle financière, acquis en masse ces actifs dont la valeur s’est effondrée depuis la crise. Dans le cas actuel, prenant prétexte de la multiplication des saisies immobilières aux Etats-Unis, les investisseurs accusent BoA d’avoir notamment sous-estimé le coût de rachat des prêts aux particuliers.

«On constate un nouveau craquement sur le marché des titrisations américaines […]. Le risque de put-back […] semble important pour toutes les banques américaines et pourrait ressortir à plusieurs dizaines de milliards pour chaque banque», écrivent les analystes crédit de Tullett Prebon. A titre d’exemple, le montant du portefeuille de BoA concerné par les poursuites dépasse 47 milliards d’euros.

Dans une étude parue en début de semaine, Barclays Capital estime à 75 milliards de dollars les pertes qui pourraient être engendrées au cours des cinq à sept prochaines années par le rachat des MBS incriminés. Si l’on intègre les sommes ayant déjà été payées et provisions déjà passées, le montant total atteint 85 milliards de dollars. Les analystes de la banque d’investissement estiment que le taux de défaut des prêts hypothécaires titrisés auprès d’investisseurs privés (hors Fed et agences de refinancement) devrait atteindre 37%, contre 15% du côté des agences.

Cela dit, Barclays Capital relativise tout risque systémique, tant la démarche est compliquée et très longue, surtout pour les sociétés de gestion. Pour la banque, celles-ci se seront en mesure de n’examiner que 15% seulement des contrats de prêts. En outre, d’éventuelles pertes seraient étalées sur plusieurs années.

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