Les banques américaines risquent des rachats de portefeuilles hypothécaires
La menace se précise. La procédure entamée par la Réserve fédérale de New York et huit sociétés d’investissement à l’encontre de Bank of America (L’Agefi du 20 octobre) concrétise soudain un risque supplémentaire planant sur l’ensemble des établissements outre-Atlantique ayant vendu des titres adossés à des créances hypothécaires (mortgage-backed securities, MBS). En outre, les noms des plaignants (hormis la Fed, on compte notamment Blackrock, Pimco, Metlife, ainsi que les deux principales agences de refinancement Freddie Mac et Fannie Mae) ne sont pas faits pour rassurer Bank of America (BoA) quant à l’issue de la procédure.
Les gérants d’actifs, les compagnies d’assurances et autres investisseurs ont, pendant la bulle financière, acquis en masse ces actifs dont la valeur s’est effondrée depuis la crise. Dans le cas actuel, prenant prétexte de la multiplication des saisies immobilières aux Etats-Unis, les investisseurs accusent BoA d’avoir notamment sous-estimé le coût de rachat des prêts aux particuliers.
«On constate un nouveau craquement sur le marché des titrisations américaines […]. Le risque de put-back […] semble important pour toutes les banques américaines et pourrait ressortir à plusieurs dizaines de milliards pour chaque banque», écrivent les analystes crédit de Tullett Prebon. A titre d’exemple, le montant du portefeuille de BoA concerné par les poursuites dépasse 47 milliards d’euros.
Dans une étude parue en début de semaine, Barclays Capital estime à 75 milliards de dollars les pertes qui pourraient être engendrées au cours des cinq à sept prochaines années par le rachat des MBS incriminés. Si l’on intègre les sommes ayant déjà été payées et provisions déjà passées, le montant total atteint 85 milliards de dollars. Les analystes de la banque d’investissement estiment que le taux de défaut des prêts hypothécaires titrisés auprès d’investisseurs privés (hors Fed et agences de refinancement) devrait atteindre 37%, contre 15% du côté des agences.
Cela dit, Barclays Capital relativise tout risque systémique, tant la démarche est compliquée et très longue, surtout pour les sociétés de gestion. Pour la banque, celles-ci se seront en mesure de n’examiner que 15% seulement des contrats de prêts. En outre, d’éventuelles pertes seraient étalées sur plusieurs années.
Plus d'articles du même thème
-
L’ampleur du plan allemand peine à convaincre les économistes
Le paquet de 34 réformes annoncées jeudi 2 juillet va de la fiscalité au marché du travail en passant par la compétitivité, l’Etat social et la réduction de la bureaucratie. Promis depuis l’automne 2025, il est avant tout destiné à prouver aux Allemands que le gouvernement de Friedrich Merz peut agir et se mettre d’accord sans susciter de querelles internes. Certains aspects positifs pourraient cependant être contrebalancés par d’autres décisions à venir. -
Thales fait parler les synergies pour emporter Exail
Trois jours à peine après l'abandon des discussions entre Safran et Exail, Thales a signé un accord avec le groupe Gorgé en vue d'acquérir le spécialiste de la robotique. Pour les marchés, la logique industrielle semble mieux respectée. -
Le marché primaire high yield frôle l’indigestion
Deux émissions de CPI Property et d’HelloFresh ont été difficilement placées. Le marché est cher et laisse peu de place aux situations les plus limites, quel que soit le prix, surtout après une vague massive d’émissions au cours des deux derniers mois. Les investisseurs se veulent disciplinés et prudents.
ETF à la Une
Schroders vise une dizaine d’ETF actifs d’ici la fin de l’année
- La nouvelle hausse du Livret A coûtera plus de 800 millions d’euros aux banques
- La Corée, un tigre asiatique qui commence à vieillir
- CMA CGM se renforce dans la logistique du dernier kilomètre
- Le Crédit Agricole lancera une offre de trading crypto avant la fin de l'année
- Christine Lagarde pourrait quitter la BCE plus tôt que prévu à cause de la présidentielle française
Contenu de nos partenaires
-
Menace, pardon et unité : Jordan Bardella au défi du rassemblement
A la veille de la décision de la cour d'appel de Paris qui pourrait faire de lui le candidat du RN à l'Elysée, Jordan Bardella soigne son image de rassembleur. Il multiplie les gestes envers les différentes sensibilités du parti, mais ne parvient pas à dissiper les craintes d'une purge -
Stop ou encoreMarine Le Pen, le jugement dernier
La cour d'appel tranche ce mardi si Marine Le Pen peut briguer l’Elysée ou si Jordan Bardella défendra les couleurs du RN. Deux années de sursis ont déjà bouleversé le parti : quel rôle pour leur cheffe si elle n'est plus la candidate ? -
Coup de têteMotion de censure : Olivier Faure, la solitude du frondeur
Il y a six mois, le premier secrétaire du PS avait choisi de ne pas censurer Sébastien Lecornu sur le budget, contre l’avis des siens. Aujourd’hui, il fait le choix inverse, là encore à rebours de la majorité de son groupe, pour ne pas couper les ponts avec des écologistes de plus en plus tentés par Jean-Luc Mélenchon