L’économie allemande se stabilise sans résoudre ses problèmes structurels
Les statistiques industrielles allemandes donnent le tournis. Un jour, elles dépeignent une situation qui peine à s’améliorer, avec l’annonce d’une baisse inattendue et marquée des commandes à l’industrie en novembre. Le lendemain, la reprise de la production industrielle toujours en novembre de 1,1%, à son rythme le plus élevé depuis un an et demi, montre finalement une stabilisation de la conjoncture.
«Ces statistiques sont très compliquées à lire, reconnait Bruno Cavalier, économiste chez Oddo-BHF. Mais quand on prend un peu de recul, on constate une forme de stabilisation à un niveau bas.» Stabilisation signalée par les indicateurs avancés : indices PMI et IFO. «Les commandes à l’industrie ne sont pas si mauvaises quand on exclut les commandes de gros, relativise Evelyn Herrmann, économiste chez Bank of America (BoA). Elles progressent en effet de 1%, ce qui donne un peu plus d’espoir sur la tendance sous-jacente.» En glissement sur trois mois, une donnée moins volatile, les commandes hors commandes de gros sont passées en territoire positif en novembre en hausse de 0,1% pour la première fois depuis janvier 2018. Un signe positif. «La phase la plus aiguë de la récession industrielle est passée», note Bruno Cavalier.
Toutefois les économistes restent prudents. Ceux de BoA prévoient une légère baisse de la croissance allemande cette année à 0,5% (ajustée du nombre de jours travaillés), contre 0,7% pour le consensus Bloomberg et 0,6% pour le gouvernement. La stabilisation de l’économie chinoise sera cruciale pour l’Allemagne. Mais outre un acquis de croissance modeste, en raison de la faiblesse du quatrième trimestre 2019, Evelyn Herrmann estime que l’incertitude causée par la guerre commerciale et le Brexit va continuer d’avoir un impact sur l’activité. «Seule une reprise du cycle d’investissement mondial, que nous n’anticipons pas, pourrait permettre au secteur manufacturier, qui pèse 25% du PIB allemand, de véritablement rebondir», affirme l’économiste qui signale comme freins l’élection américaine et le stimulus limité de la Chine. L’économie allemande résiste grâce à sa demande intérieure. Mais sa croissance va rester inférieure à celle du reste de l’Europe, ce qui constitue un frein pour la région.
Pour l’heure, il n’est pas question d’ouvrir plus grand le robinet budgétaire. Son effort est de 0,25% du PIB cette année. Pourtant le pays a des marges de manoeuvre estimées à 2,5% du PIB. Seule une nouvelle forte détérioration de l’activité et surtout du marché de l’emploi, qui commence à donner des signes de faiblesse, donc de la consommation, pourraient inciter le gouvernement à agir. Il peut suspendre temporairement, avec l’accord du Bundestag, la règle d’or qui l’empêche de dépasser de 0,35% du PIB son déficit structurel.
Au-delà, l’Allemagne semble surtout être confrontée à un problème structurel de modèle économique, tourné vers l’exportation et la Chine mais aussi de démographie qui pèse sur le potentiel de croissance. Pour relancer la croissance, syndicats et patronat ont récemment réclamé conjointement - et c’est une première - une relance massive de l’investissement public. Cela devra passer par une remise en cause de la règle d’or budgétaire, avec l’accord des deux tiers du parlement. «Cette réponse est évidente d’un point de vue économique mais elle sera plus difficile du point de vue politique ainsi que de sa mise en œuvre», affirme Evelyn Herrmann. Elle va en tout cas nourrir les débats politiques outre-Rhin à un an d’une élection qui marquera la fin de l’ère Merkel.
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