L’échec de Doha fragilise les cours du pétrole
La rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran s’est révélée trop forte pour permettre un gel de la production, même aux niveaux records atteints ces derniers mois. Les discussions ont capoté suite à l’insistance des Saoudiens de voir l’Iran prendre part au gel, une possibilité écartée par les Iraniens qui n’ont vu «aucune raison» de participer à la réunion.
L’absence d’accord s’inscrit également dans la continuité de la politique saoudienne énoncée en novembre 2014, lorsque l’Opep avait refusé de baisser ses quotas de production dans le but d’affaiblir les producteurs aux coûts élevés. Les premiers résultats de cette politique commencent juste à apparaître, avec l’érosion de la production de pétrole de schiste américain. Une hausse rapide et durable des cours du pétrole aurait pu ralentir ce déclin, voire l’inverser.
Le prix du baril WTI avait d’abord immédiatement baissé
La réaction des marchés a été rapide mais contrastée. Après l’annonce de l’échec des négociations, le prix du baril de WTI a perdu jusqu’à 2,76 dollars à 37,64 dollars, avant de remonter à 40 dollars (35,3 euros) en fin d’après-midi, soutenu dans l’immédiat par une grève au Koweït qui a entraîné une baisse de la production locale de plus d’un million de barils par jour. Dans le sillage du pétrole, les Bourses mondiales ont d’abord reculé avant de se redresser.
La corrélation entre les prix du pétrole et les mouvements boursiers a été relevée par le FMI dans son rapport sur la stabilité financière. Statistiquement insignifiante auparavant, elle devient significative en dessous de 50 dollars et plus forte sous les 40 dollars, même en excluant le secteur de l’énergie. «Cette relation suggère que l’impact négatif de prix du pétrole bas […] devient plus important lorsque la baisse des prix pétroliers se fait plus extrême», écrit l’institution.
Le rebond des dernières semaines a été autant soutenu par la fermeture de positions spéculatives à la baisse des gérants d’actifs que d’ouverture de paris à la hausse, ceux-ci ayant respectivement reculé et avancé de 100.000 contrats sur la période du 12 janvier au 12 avril, illustrant l’impact du changement de sentiment dû aux négociations. En l’absence de ce soutien, les marchés pétroliers devraient réagir plus fortement à l’évolution des chiffres de la production américaine et de la croissance de la demande, particulièrement en Chine, alimentant une volatilité déjà élevée.
Plus d'articles du même thème
-
La Chine et les Etats-Unis mesurent leurs forces
Donald Trump se rend en Chine durant deux jours pour rencontrer Xi Jinping. C’est un moment clé pour apaiser les tensions commerciales ou géopolitiques mondiales. Mais il est difficile d’en imaginer l’issue tant le rapport de force entre les deux pays s’est rééquilibré depuis la guerre tarifaire et le conflit en Iran. -
La croissance économique semble moins sensible à l’or noir
Mais ce n’est pas encore le cas de l’inflation, pour diverses raisons. Et encore moins si le choc géopolitique devait se transformer en un véritable choc pétrolier, «à l’ancienne». -
Les financements publics-privés s’organisent dans la course aux minerais critiques
Face à l’urgence d’assurer les approvisionnements en minerais de transition, acteurs publics et privés se rapprochent afin de réunir leurs forces et de concrétiser d’importants projets, depuis l’extraction jusqu’au recyclage.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF confirme son rebond début mai
- La Société Générale écope d’une amende de 20 millions d'euros pour défaut de conseil en assurance et vente systématique
- Anne Hiebler (CACIB) : «Le M&A est un métier très exigeant qui nécessite un important engagement personnel»
- Emmanuel Moulin préserve la continuité à la Banque de France
- Indosuez Wealth écope d'une amende de plus de 13 millions d'euros en Espagne
- Alphabet et Amazon se financent aux alpine bonds
Contenu de nos partenaires
-
Jouer les prolongations en mode « Bleisure »
Entre voyage d’affaires et vacances, le « Bleisure » est la contraction des mots anglais « Business » et « leisure ». Une tendance qui fait mouche auprès d’une clientèle d’affaires et des globe-trotters dans l’âme, la GenZ en tête. -
Patrimoine« Le choc démographique va devenir un choc des successions »
Modèles familiaux bouleversés, patrimoines complexes, droit de propriété, IA... Le président de la Chambre des notaires du Grand Paris revient pour l'Opinion sur les grandes problématiques qui vont bouleverser la profession -
Les municipalités face au changement climatique
Episodes de canicule, sécheresses, inondations : l’exceptionnel est en passe de devenir la nouvelle norme et aucun territoire en France n’échappe désormais aux effets du changement climatique. Comment les élus locaux font-ils face à l’aléa ? Est-il possible d’anticiper et d’adapter les territoires à des conditions financièrement acceptables ?