Le venin des tarifs douaniers américains se diffuse dans le secteur automobile
Les menaces de tarifs douaniers américains contre les automobiles et les pièces produites en Europe commencent à provoquer un effet domino en amont de la chaîne. Alors que Daimler avait sonné l’alarme la semaine dernière, hier, Osram a averti ressentir une forme d’attentisme chez certains de ses clients. «Des commandes ont été décalées», a reconnu Ingo Bank, le directeur financier du fabricant allemand de solutions d’éclairage, dont environ la moitié du chiffre d’affaires est réalisée auprès de constructeurs automobiles. Le groupe n’a pas précisé l’identité de ses clients ni la taille de ces contrats, mais l’incertitude est tout de même suffisamment importante pour contraindre Osram à revoir ses prévisions de bénéfices pour l’exercice qui s’achèvera fin septembre.
Le groupe s’attend désormais à une croissance de son chiffre d’affaires comprise entre 1% et 3%, contre une précédente fourchette de 3% à 5%. Son Ebitda s’établira entre 570 et 600 millions d’euros, assez loin des 640 millions d’euros espérés jusqu’à présent. Osram avait déjà abaissé ses prévisions financières en avril dernier. D’où la sentence de ses actionnaires hier : le cours de l’action a plongé de 21% à la Bourse de Francfort. Les autres grands équipementiers automobiles européens ont souffert par ricochet. L’allemand Schaeffler a dérapé de 5,67%. A Paris, Valeo a décroché de 5,47%, Faurecia de 4,41% et Plastic Omnium de 5,37%.
Des tarifs douaniers de 20% sur les véhicules et les pièces importés aux Etats-Unis «seraient négatifs pour quasiment tous les groupes du secteur automobile, fabricants, équipementiers, vendeurs et groupes de transport», avaient prévenu en début de semaine les analystes de Moody’s. 23% des voitures vendues aux Etats-Unis en 2017 ont été fabriquées à l’étranger, soit plus de 4 millions d’unités.
Produire dans les usines locales
Daimler et BMW importent respectivement 50% et 70% des voitures qu’ils vendent aux Etats-Unis. La proportion atteint même 80% pour Volkswagen. Ils auraient la possibilité de contourner une partie des effets négatifs des tarifs douaniers en utilisant leurs usines locales. Selon Moody’s, les clients de ces constructeurs pourraient accepter une répercussion sur le prix de vente, pour les modèles les plus haut de gamme pour lesquels la sensibilité au prix joue moins. En revanche, les équipementiers n’auront pas nécessairement la même capacité à ajuster leurs prix de vente.
Ces tarifs douaniers pourraient également entraîner des hausses de coûts indirects. Les pièces entrant dans la fabrication d’une voiture proviennent de nombreux pays différents. Pour compenser les tarifs douaniers, les constructeurs pourraient chercher d’autres fournisseurs, au risque de déstabiliser toute la chaîne, et d’entraîner des retards et des surcoûts.
Enfin, les mesures protectionnistes devraient déclencher des ripostes encore plus néfastes pour le secteur, principalement en Chine. Le pays, premier marché automobile mondial, pourrait imposer des droits de douane de 40% sur les voitures importées des Etats-Unis. Les constructeurs allemands et leurs fournisseurs seraient là encore en première ligne. Les analystes de Barclays ont chiffré à 220 millions d’euros l’impact qu’aurait cette riposte sur le résultat d’exploitation (Ebit) de la branche automobile de BMW en 2018, soit près de 3% de l’Ebit annuel du groupe. Il atteindrait 300 millions en 2019.
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