Le train du libre-échange n’attend pas Joe Biden
Joe Biden entend bien restaurer le leadership des Etats-Unis sur la scène internationale. Dès son arrivée à la Maison-Blanche, le futur président devrait signer le retour de son pays dans l’Accord de Paris sur le climat. Mais il ne suffira pas de ramasser le bâton là où Donald Trump l’a laissé tomber il y a quatre ans. Pendant que l’Amérique s’évertuait à dresser des barrières douanières et à saper l’autorité de l’Organisation mondiale du commerce, le train du multilatéralisme et du libre-échange a continué d’avancer cahin-caha. Le Partenariat régional économique global (RCEP, en anglais) annoncé ce week-end par quinze nations d’Asie-Pacifique n’aurait pu se conclure à un meilleur moment pour Pékin.
C’est la première fois qu’un accord commercial réunit la Chine, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan. On peut certes lui trouver des manques. Les négociateurs auront mis huit ans à accorder leurs violons, et l’Inde a renoncé à faire partie des signataires, craignant que son marché intérieur ne soit inondé de produits chinois. Le RCEP, dont tous les détails ne sont pas encore publics, se montre moins ambitieux en termes de libéralisation des tarifs douaniers que certains de ses devanciers. Le mode de résolution des conflits entre les signataires en dira long sur l’efficacité du partenariat, alors que Pékin n’hésite pas à utiliser les rétorsions commerciales pour faire taire les critiques d’ordre politique, comme aujourd’hui avec l’Australie. Il n’empêche, à un moment où les bénéfices du libre-échange n’ont jamais été autant contestés dans l’histoire récente, l’annonce constitue un symbole fort. Mais pas seulement : en donnant un traitement préférentiel aux biens fabriqués et assemblés entre plusieurs membres du « club des quinze », l’accord renforce la régionalisation des chaînes de production. Une tendance que la pandémie de Covid-19 et la résistance des économies asiatiques dans cette crise n’ont fait qu’accélérer.
Le centre de gravité du libre-échangisme, et plus largement de l’économie mondiale, continue donc à se déplacer vers l’Asie, région où l’influence américaine diminue inexorablement. Conscient de la menace, Joe Biden pourrait être tenté d’exhumer le Partenariat transpacifique (TPP), négocié par l’administration Obama avant d’être renié. Face à un Congrès aussi divisé que son opinion publique, le prix à payer serait néanmoins élevé : s’il faut reconnaître un talent à Donald Trump, c’est celui d’avoir mis le doigt sur les limites du libre-échange, qui fait la richesse des nations mais appauvrit la frange des citoyens la plus exposée à la concurrence internationale. Le prochain président devra se démener pour ramener son pays au poste de commande du multilatéralisme tout en persuadant les Américains qu’ils ont tout à y gagner. Qu’il s’agisse du commerce, du climat ou de la régulation des géants de la tech, le monde n’attend plus le top départ des Etats-Unis.
Plus d'articles du même thème
-
Kevin Warsh a plutôt rassuré les marchés
Le nouveau président de la Fed n’a pas déçu les attentes d’une hausse de taux après son revirement «restrictif» de Jackson Hole. De quoi renforcer sa crédibilité malgré les tweets toujours contradictoires de Donald Trump. Les autres membres du FOMC affichent encore pour la suite une certaine prudence, qui devrait quand même les amener à une hausse de taux supplémentaire jusqu’à 4,25%. -
Les rachats de Scott Bessent se heurtent à la réalité des bons du Trésor américain
Après avoir annoncé le 19 août sa volonté de racheter davantage de bons du Trésor de maturité longue, le secrétaire au Trésor a dû tenter de rassurer après une première opération de ce type plutôt ratée le 10 septembre. Les experts s’attendent à ce que le Trésor supprime ses adjudications sur les titres à 20 ans entre début novembre et début février. -
La Fed de Kevin Warsh se prépare à remonter les taux
Alors qu’un ralentissement ou une stagnation de l’inflation en août aurait pu conduire à un Comité monétaire plus indécis le 16 septembre, la nouvelle publication en hausse a rallié les marchés à l’idée d'une hausse de taux quasi certaine, la première depuis trois ans.
ETF à la Une
Les particuliers français propulsent la collecte des ETF européens vers un nouveau record
- Axa place la conquête au coeur de son nouveau plan stratégique
- La Société Générale mise sur une meilleure éducation financière des femmes
- La coûteuse ardoise de la frilosité des épargnants français
- Axa veut passer à l’échelle dans l’IA
- En plein défi réglementaire, Revolut fait face à une cyberattaque
Contenu de nos partenaires
-
France Inter : Charles Sapin renonce à y intervenir à la suite de la suppression de son édito par la direction
Directeur adjoint de la rédaction de « Valeurs actuelles », Charles Sapin a indiqué qu’une séquence de débat était envisagé suite à la suppression de son édito sur France Inter, sous pression des grévistes et syndicalistes. Il a refusé l’offre -
Arabie saoudite : des flammes et de la fumée noire visibles près de l'aéroport de Riyad
Des flammes et de la fumée noire s’élevaient dans les environs de l’aéroport international de Riyad, samedi 19 septembre. D’après Flightradar24, de nombreux vols sont annulés ou retardés. Deux fortes explosions ont eu lieu dans la nuit, après une alerte des autorités prévenant d’une « menace aérienne hostile » -
La stratégie du gouvernement pour faire avaler son budget
Montrer aux marchés que la France agit, aux Français que tout le monde doit faire des efforts, aux oppositions qu'elles n'ont pas intérêt à bloquer ce budget : le Premier ministre cherche à relever ce triple défi