Le SPD prolonge sa participation à la coalition, avec réserve
Du bout des lèvres, les sociaux-démocrates allemands, réunis vendredi en congrès à Berlin, ont donné une nouvelle chance à la coalition gouvernementale dirigée par la chancelière Angela Merkel. Quelques jours avant, le SPD avait connu un bouleversement, avec l’élection-surprise de Norbert Walter-Borjans et Saskia Esken, représentant l’aile gauche du parti. Or, le tandem se disait réservé à l’accord qui a reconduit en mars 2018 la «grande coalition» avec le bloc conservateur (CDU-CSU) de la chancelière.
Dans le texte qu’ils voté vendredi, les délégués du SPD ont appelé à l’ouverture de discussions avec les conservateurs sur des mesures plus ambitieuses: un relèvement du salaire minimum de 9 à 12 euros par heure - une des mesures-phares du programme du tandem élu -, un programme d’investissements de 450 millions d’euros sur dix ans dans les infrastructures, les écoles et le numérique. Et des mesures de lutte contre le réchauffement climatique
Mais leur discours reste ambigu. «J’étais, je suis, je reste sceptique sur l’avenir de cette grande coalition», a indiqué vendredi Saskia Esken devant les délégués, tout en admettant donner à la coalition «une chance réaliste de continuer».
Résultat, Annegret Kramp-Karrenbauer, présidente de l’Union démocrate chrétienne (CDU) d’Angela Merkel, a vivement critiqué ces positions, qui visent à son sens à tirer vers la gauche la politique de la coalition, dit-elle, citée dimanche dans le journal Bild am sonntag. La CDU reste fidèle à l’accord de coalition, et en attend de même du SPD. Parmi les sources de crise potentielle entre la DCU et le SPD figure l’ambitieux programme d’investissements réclamé par les nouveaux dirigeants du SPD, au risque de renoncer à l’objectif de budget à l’équilibre. «Il est hors de question d’émettre de la dette nouvelle», a répliqué la présidente de la CDU.
Un éclat de la coalition gouvernementale, censée durer jusqu’aux élections, prévues en 2021, aboutirait soit à la formation d’un gouvernement minoritaire, soit à de nouvelles élections législatives anticipées - à haut risque, alors que les conservateurs, les Verts et l’extrême droite ont dépassé le SPD lors des dernières élections. Ces deux options «remettent en question la stabilité politique de l’Allemagne et de l’Europe», souligne dans une analyse Marco Vally, analyste chez Unicredit, alors que l’Allemagne doit présider l’Union européenne au second semestre 2020. «Une rupture de la grande coalition semble plutôt probable, vers le printemps prochain», esquisse-t-il.
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