Le risque de Brexit dur place la BoE en porte-à-faux
La réunion de politique monétaire de la Fed, qui devrait se conclure ce mercredi avec une baisse des taux «préventive» d’au moins 25 points de base, est la plus attendue de la semaine. Mais celle de la Banque d’Angleterre, ce jeudi 1er août, prend une saveur particulière compte tenu de la glissade sans fin du sterling et de l’accession au pouvoir de Boris Johnson le 24 juillet. Dernière des grandes banques centrales occidentales à conserver un biais haussier, la BoE se trouve en porte-à-faux vis-à-vis des marchés et de l’environnement politique domestique. Si le consensus des économistes table sur un statu quo jeudi, le discours de l’institution paraît de moins en moins tenable.
La Banque d’Angleterre, qui doit également présenter jeudi son rapport d’inflation, a jusqu’à présent laissé entendre qu’un resserrement graduel et limité de son taux directeur, aujourd’hui à 0,75%, pourrait être justifié. Début mai, elle a relevé de 1,2% à 1,5% sa prévision de croissance pour le Royaume-Uni en 2019, et soutenu que l’inflation, à 2% en mai, soit l’objectif de la BoE, dépassera celui-ci d’ici deux à trois ans.
Ces prévisions sont cependant fondées sur un Brexit ordonné, une perspective qui s’éloigne de plus en plus depuis l’entrée de Boris Johnson au 10, Downing Street. Le Premier ministre a réitéré hier auprès de son homologue irlandais Leo Varadkar son refus du «backstop» et laissé entendre qu’il pourrait ne pas négocier avec l’Union européenne d’ici au 31 octobre, date prévue du Brexit. Ces déclarations ont provoqué un nouvel accès de faiblesse du sterling, à 0,919 euro et 0,825 dollar en séance.
Des «faucons» moins sûrs d’eux
«Après avoir conditionné leurs prévisions à une probabilité de 100% de Brexit doux, les membres du comité de politique monétaire (MPC) ont récemment été aux prises avec la divergence entre cette position et la réalité», estime Sebastian Cross, stratégiste taux chez Bank of America Merrill Lynch. La probabilité croissante d’un Brexit dur ou de nouvelles élections, mais aussi le ton à nouveau accommodant adopté par la Réserve fédérale, la BCE ou la Banque du Japon, placent la Banque d’Angleterre en porte-à-faux. La semaine dernière, le chef économiste de la BoE, Andy Haldane, considéré comme un «faucon», a d’ailleurs changé de discours, appelant à une pause – et non plus une hausse des taux – tant que l’on n’y verrait pas plus clair, sans pour autant admettre qu’un Brexit dur justifierait un assouplissement. La poursuite des tensions commerciales, illustrée mardi par un nouveau «tweet» ravageur du président américain Donald Trump contre la Chine, plaide également pour l’abandon du biais haussier de l’institution.
Sur les marchés futures, la probabilité d’une baisse des taux d’ici à janvier 2020, quand le mandat du gouverneur Mark Carney prendra fin, atteint désormais 80%. «Toute tentative de la BoE de signaler de futures hausses de taux serait donc jugée dépourvue de crédibilité par le marché, et aurait peu de chances de modifier les anticipations de taux ou de soutenir la livre sterling», affirme Petr Krpata, responsable de la stratégie taux et change EMEA chez ING. A l’inverse, «le marché sera sensible à un changement plus ‘colombe’ dans la perspective de taux d’intérêt», poursuit le stratégiste. Ce qui pourrait contribuer à affaiblir encore le sterling, ou en tout cas ne ferait rien pour encourager le rachat de positions vendeuses sur la devise britannique.
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