Le marché high yield commence à tanguer
La fébrilité des investisseurs se confirme sur le marché du crédit. L’écartement perceptible dès le début du mois d’octobre sur les marchés de dérivés s’est propagé au marché cash, l’investment grade (la dette la mieux notée) en euro revenant à ses niveaux de spread d’avril après une hausse de 6 points de base (pb), à 101 pb.
Les courbes de crédit se sont repentifiées à la fois sur les maturités et les ratings, le signe que les investisseurs privilégient les maturités courtes et les émetteurs les plus sûrs, relève Juan Valencia, stratégiste chez Société Générale CIB. L’écartement a été encore plus marqué pour le high yield (341 pb, soit +21 pb depuis début octobre). Avec une sous-performance des émetteurs notés B. Leur performance est négative de -0,56% en octobre avec un écartement de plus de 29 pb. Le spread des émetteurs BB est quant à lui plus large que celui des entreprises américaines de même notation, pour la première fois depuis mi-2019, relèvent les stratégistes de JPMorgan.
«Depuis mi-septembre, nous observons un écartement des spreads. Les signatures de moins bonne qualité sous-performent. Cela est dû à la crainte macroéconomique d’un scénario de stagflation mais aussi à la taille conséquente du marché primaire pour le dernier trimestre de l’année», explique Thomas Sanson, gérant HY chez Muzinich.
Marché primaire actif
Cette semaine, six émetteurs HY veulent émettre sur le marché euro. Mardi, l’italien Almaviva, TUI Cruises et Burger King ont annoncé des opérations pour refinancer leurs dettes. Ils s’ajoutent à Multiversity (un groupe italien d’e-learning), Cerba et Polynt pour des refinancements d’acquisitions ou de LBO. Au total, ce sont 3,2 milliards d’euros qui doivent être placés dans les prochains jours.
Dans ce marché plus compliqué, les investisseurs commencent à montrer des signes de saturation. La tranche en euro proposée par le britannique Aggreko, un spécialiste de la location de générateurs électriques, a été placée en haut de fourchette de prix indicative (5-5,25%). «C’est un nouveau signe de la nervosité croissante entourant les actifs risqués et de l’indigestion du marché», relève Benjamin Sabahi, responsable de la recherche crédit chez SpreadResearch.
Le placement réalisé par Iliad destiné à refinancer le retrait de la Bourse, un important morceau à digérer par le marché (1,85 milliard en euros et 2,1 milliards en dollars), a pris plus de temps qu’initialement prévu. Les obligations en euro ont été placées avec des coupons supérieurs aux indications initiales mais ont très bien performé sur le marché secondaire une fois l’opération réalisée.
Prudence des investisseurs
En revanche, les tranches en dollar ont eu plus de mal à être placées. «Iliad est un nouvel émetteur peu connu des investisseurs américains qui ont été échaudés par le dernier gros émetteur européen sur le marché dollar dans les télécoms Altice», relève Benoit Soler, gérant chez Keren Finance. Cela a obligé Iliad à revoir certaines clauses de la documentation des émissions (notamment sur les calculs d’endettement ou de possibilités d’acquisitions ou de dividende) les rendant plus favorables aux détenteurs d’obligations. Les coupons ont également été relevés par rapport aux indications initiales.
Bien que particulier, ce cas ne reflète pas moins la nervosité du marché. Burger King, habitué de ce marché, propose trois tranches dont une PIK (pay-in-kind). L’accueil par le marché de cette opération sera un nouveau test.
Plus d'articles du même thème
-
Les entreprises accélèrent leurs émissions obligataires face aux craintes sur les taux
Le marché primaire obligataire euro a été très actif depuis mi-août dans un contexte de tensions sur les taux longs. Les émetteurs américains restent les plus prolifiques. Les français sont également très présents, la campagne présidentielle et le budget alimentant les craintes. -
Les rachats de Scott Bessent se heurtent à la réalité des bons du Trésor américain
Après avoir annoncé le 19 août sa volonté de racheter davantage de bons du Trésor de maturité longue, le secrétaire au Trésor a dû tenter de rassurer après une première opération de ce type plutôt ratée le 10 septembre. Les experts s’attendent à ce que le Trésor supprime ses adjudications sur les titres à 20 ans entre début novembre et début février. -
La Fed de Kevin Warsh se prépare à remonter les taux
Alors qu’un ralentissement ou une stagnation de l’inflation en août aurait pu conduire à un Comité monétaire plus indécis le 16 septembre, la nouvelle publication en hausse a rallié les marchés à l’idée d'une hausse de taux quasi certaine, la première depuis trois ans.
ETF à la Une
Les ETF européens approchent des 4.000 milliards de dollars d’encours
- Combien coûterait aux banques une hausse du plafond du Livret A
- Les investisseurs actions et crédit se protègent contre le risque politique français
- Avec le Livret A, Trade Republic et Axa Banque se partagent les données et les responsabilités
- Apple dévoile l'iPhone Duo, son premier smartphone pliable
- La BCE attise la flambée des taux
Contenu de nos partenaires
-
Pot de fleurPourquoi l'armée égyptienne ne réagit pas à la menace houthie sur le canal de Suez
Les Houthis, après leurs récentes avancées, ont plus que jamais la possibilité de perturber le trafic du canal de Suez, qui est une source majeure de revenus pour l'Egypte -
Vertige« On va dans le mur » : la France dans la tenaille des taux d’intérêt
L’ensemble des taux d’intérêt mondiaux grimpe depuis des mois. Mais ceux de la France plus vite encore, résultat de la méfiance qu’elle inspire aujourd’hui sur les marchés -
EditoDette française : la spirale fatale des marchés
La vitesse à laquelle dérapent les taux infligés à la France est le signe que nos prêteurs sont en train de perdre patience envers un pays qui ne respecte jamais ses engagements et qui entre dans l’inconnu d’une campagne présidentielle aux forts relents d’irrationnel