Le marché européen des IPO prend un coup de froid
Déjà peu large, la fenêtre pour mener à bien une introduction en Bourse d’ici à la fin de l’année est en train de se refermer sur les doigts des émetteurs. Les turbulences traversées depuis quelques jours par les marchés actions ont sérieusement refroidi les velléités des rares candidats à la Bourse.
Hier, le gestionnaire de parcs automobiles LeasePlan, concurrent néerlandais d’ALD, qui avait annoncé le 4 octobre son projet d’IPO à Amsterdam, a préféré faire marche arrière. «Les conditions de marché se sont significativement détériorées depuis notre annonce la semaine dernière», a expliqué le groupe. En cinq séances, l’AEX, l’indice phare de la Bourse d’Amsterdam, a plié de 6,3%.
Les projets dont la souscription a déjà été lancée peuvent aller au bout, comme le montre la couverture hier du placement du belge Shurgard, en bas de fourchette. En revanche, le carnet d’ordres du groupe pétrolier espagnol Cepsa n’est pas encore couvert. «Les marchés ont enchaîné plusieurs séances de baisse consécutives et il est difficile de déterminer si le point bas a été atteint, ce qui a immanquablement un impact sur les marchés primaires», reconnaît Alexis Le Touzé, co-responsable des activités equity capital markets pour la France à la Société Générale. Les facteurs de risques identifiés depuis des mois - conséquence sur l’économie des tensions commerciales et remontée des taux longs - sont en train de se matérialiser. La perspective des élections américaines de mi-mandat, période qui peut ajouter de la volatilité sur les marchés, nourrit aussi la méfiance des investisseurs, «d’autant que les introductions en Bourse réalisées dernièrement affichent des performances négatives», ajoute Alexis Le Touzé. Funding Circle a chuté de 15% depuis son entrée à la Bourse de Londres fin septembre. Aston Martin est 20% en dessous de son prix d’IPO.
Neoen et Consolis, toujours dans la course
A Paris, le CAC 40 a perdu 7% depuis début octobre. Mais aucune des deux sociétés engagées sur le chemin de la Bourse, Neoen et Consolis, n’a renoncé. Pour Neoen, dont la période de souscription est ouverte, le carnet d’ordres était déjà couvert la semaine dernière en milieu de fourchette. L’engagement d’Impala à participer à l’augmentation de capital pour 170 millions d’euros, soit un peu plus du tiers de la levée de fonds, facilite le placement. Le prix final sera arrêté le 16 octobre.
Consolis est moins avancé que Neoen dans le processus. La période de souscription n’est pas encore lancée. «Le projet avance bien et nous restons attentifs aux conditions de marché», indiquait hier une source proche du dossier. Mais dans le contexte actuel, le profil du groupe, qui a enchaîné plusieurs restructurations ces dernières années et qui évolue sur le marché cyclique de la construction, risque de ne pas attirer suffisamment d’investisseurs pour que Bain Capital, l’actionnaire majoritaire, obtienne la valorisation espérée. L’exemple de LeasePlan montre qu’«ouvrir un livre d’ordres dans les conditions actuelles est extrêmement compliqué», reconnaît un autre spécialiste des IPO.
«Avec la hausse de la volatilité, et des indices actions revenus près de leurs plus bas de l’année, la sélectivité des investisseurs va encore plus se renforcer», explique Eric Arnould, responsable de l’equity capital market chez Natixis, mandaté sur les dossiers Neoen et Consolis. Dans un marché chahuté, les gérants vont préférer se raccrocher aux valeurs déjà cotées qu’ils connaissent le mieux. Et s’ils doivent prendre le risque d’une IPO, ils feront preuve, selon Eric Arnould, d’une «vigilance forte sur quatre critères clés : les perspectives de croissance rentable de l’entreprise, la qualité du management, l’alignement des intérêts entre actionnaires et nouveaux investisseurs et la liquidité attendue».
Plus d'articles du même thème
-
Le private equity fait son entrée sur le marché boursier indien
Gaja Alternative Asset Management, premier gérant d’actifs alternatifs à être coté en Inde, entend profiter de l’essor des marchés privés et de la montée en puissance du segment mid-market. -
La chute du titre Unitree à Shanghai alimente les craintes d'une bulle spéculative
En cinq séances à la Bourse de Shanghai, l'action du fabricant chinois de robots humanoïdes a chuté de 45% par rapport à son pic initial. -
Shein s’apprête à des débuts en Bourse plus modestes qu’attendu
Le géant chinois de la fast fashion va entrer en Bourse à Hong Kong le 1er septembre, au terme d’un long parcours semé d’embûches. Il a vu sa valorisation espérée divisée par quatre depuis 2022.
ETF à la Une
Les ETF actifs engrangent plus de 89 milliards de dollars de collecte en juillet
- Crédit Agricole Assurances accélère sa diversification et mise sur l’affinitaire
- BNP Paribas déplore les manquements de la justice américaine dans le litige sur son rôle au Soudan
- Un super El Niño mettra à l’épreuve les marchés agricoles et énergétiques mondiaux
- Les émissions d’obligations d'entreprises reprennent de plus belle
- L’arbitrage entame sa mue pour gagner en efficacité
Contenu de nos partenaires
-
Un jour, mon fils, tout ceci sera à toiLa taxation de l'héritage, une impasse française
Pour financer la baisse des prélèvements sur le travail, la gauche relance l'idée d'alourdir la taxation des gros héritages, avec des espoirs de rendement probablement surestimés. La droite, elle, reste insensible à l'augmentation du patrimoine hérité et refuse toute hausse de la fiscalité -
CompétitivitéMario Draghi de retour pour secourir une Europe « faible »
Deux ans après son rapport sur la compétitivité européenne, l’ex-patron de la BCE lance un club appelant à des mesures urgentes -
Coulisses« C’était long, long, long » : face aux économistes, les sherpas des candidats à la présidentielle déçoivent
Après avoir passé deux heures avec les conseillers économiques des candidats à la présidentielle, les économistes restent sur leur faim