«Le marché européen des financements «non investment grade» est à un tournant»
Denis Coleman, directeur des activités Credit Finance EMEA chez Goldman Sachs, participait hier au «French capital markets day» organisé par la banque
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Fabrice Anselmi
- L’Agefi: Comment évolue le marché européen des prêts à effet de levier ?
- Denis Coleman: Il est à un véritable tournant du fait de l'évolution du marché des obligations à haut rendement en Europe. Les motivations fondamentales étaient jusque-là: des taux fixes, des maturités longues, des instruments sans covenants financiers, etc. On trouve désormais souvent des instruments aux caractéristiques diverses, et même d’importantes émissions multidevises ou avec des structures plus agressives, qui témoignent d’un fort appétit des prêteurs institutionnels. Le retour des «dividend recaps» est un autre signe de cette liquidité disponible. De même que le financement très rapide du plus gros LBO européen de l’année sur la société allemande Ista, avec le levier le plus important (7,25 fois l’Ebitda et 2,3 milliards d’euros de dette) lié aux spreads les plus faibles (400 pb pour la tranche B, 5% de coupon pour les senior secured notes).
- Y voyez-vous un signe de «bulle» ?
- C’est difficile d’avoir une position tranchée. Les marchés américain et européen sont très différents, mais avec des niveaux de risques assez proches : le marché américain du LBO comporte désormais beaucoup plus de levier (environ 7 fois l’Ebitda et seulement 25% d’equity - sans covenants financiers souvent, contre plutôt 5 fois l’Ebitda et 40% d’equity en Europe), mais également plus de liquidité pour les refinancements et des entreprises en meilleure position de croissance. Les taux de défauts demeurent extrêmement faibles partout. Enfin, une brutale hausse des taux directeurs aurait plus d’impact sur les obligations «investment grade» que sur les «high yield bonds».
- Cette liquidité va-t-elle relancer le marché européen des LBO ?
- En Europe, ce marché restait bloqué car vendeurs et acheteurs n’arrivaient pas à s’accorder sur le prix et les perspectives de croissance: au vu des faibles rendements sur la dette, certains fonds commencent enfin à accepter l’idée de rendements un peu inférieurs sur l’equity. Et avec également le retour des CLO et la création de fonds institutionnels, nous regardons, en tant que preneurs de risques sur ces financements, à nouveau beaucoup plus de dossiers. En ajoutant l’offre de dette venant des Etats-Unis, le contexte redevient très favorable, et se traduit même par des innovations propres au Vieux Continent, comme la portabilité sur la dette bancaire ou (plus nouveau encore) obligataire.
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