Le fonds de secours européen tourne le dos à la City
L’approche du Brexit pousse le Mécanisme européen de stabilité (MES) à changer son fusil d’épaule. Le fonds de soutien de la zone euro, créé au plus fort de la crise en 2012 pour gérer les programmes d’aide aux pays en difficulté, a annoncé qu’il émettrait ses obligations en euros à partir du Luxembourg le 1er octobre. Il renonce ainsi au droit britannique, en prévision de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, prévue en théorie à la fin du mois prochain. Les lignes en dollars et l’abondement des souches en euros émises avant le 1er octobre resteront sous la loi britannique.
«Ce mouvement a été déclenché par le Brexit, qui nous a conduits à discuter de la future juridiction dans laquelle nous voulions émettre nos titres», a expliqué Kalin Anev Janse, directeur financier du MES, cité par le FT. «Comme nous sommes l’un des plus gros émetteurs en euros, nous voulons faire partie d’un cadre juridique relevant de l’Union européenne», a ajouté le dirigeant.
98 milliards d’euros d’encours
Le Mécanisme européen de stabilité, qui a commencé à se financer sur les marchés en octobre 2013 et a pris le relais de l’ex-Facilté européenne de stabilité financière (FESF), compte près de 50 lignes en circulation. Il affichait à fin 2018 un encours d’emprunts obligataires de plus de 98 milliards d’euros. Le MES devrait émettre 10 milliards à moyen et long terme cette année, avec un programme annoncé à 3,5 milliards d’euros pour le dernier trimestre 2019.
Outre son poids sur les marchés quasi-souverains en euros, le pompier de service des Etats en difficulté est appelé à jouer un rôle encore plus fort dans la stabilité du système financier du continent. Il est en effet prévu qu’il puisse servir de prêteur en dernier ressort au Fonds de résolution unique (FRU), dédié à la résolution de banques menacées de faillite, et consentir des lignes de crédit de précaution aux Etats. Ce qui en ferait un vrai FMI européen. Les Européens doivent s’accorder d’ici à la fin de l’année sur un nouveau traité régissant le MES.
Il était donc logique que l’institution basée à Luxembourg tourne le dos à la City. «La confiance des investisseurs mondiaux dans le cadre juridique de l’UE est forte», souligne Kalin Anev Janse. Le coup n’en est pas moins rude pour la place financière britannique. La City a établi une part de sa puissance grâce à l’English Law, beaucoup plus protectrice que d’autres droits pour les porteurs d’obligations, comme l’a montré la restructuration de la dette grecque.
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