Le FMI juge primordial le nettoyage des banques
A ceux qui l’accusent de jouer les Cassandre, le FMI a répondu hier par une nouvelle « provocation ». Dans son rapport sur la stabilité financière mondiale, publié tous les six mois, le Fonds évalue désormais à 4.100 milliards de dollars le coût des pertes de crédit liées à la crise entre 2007 et 2010. En Europe, incluse pour la première fois dans ces calculs, la facture se monterait à près de 1.200 milliards. L’assainissement des banques, qui supporteraient les deux tiers de ces pertes, reste donc une priorité.
« Sans un nettoyage complet des actifs dépréciés dans les bilans bancaires, accompagné par une restructuration et, si nécessaire, une recapitalisation, le risque est que les problèmes des banques continueront à exercer une pression à la baisse sur l’activité économique », indique le Fonds monétaire international. Les Etats les plus secoués par la crise financière ont pris la mesure du problème. L’Irlande a créé la première structure de défaisance publique de la zone euro pour soulager ses banques, et l’Allemagne, où certains établissements régionaux sont infestés d’actifs toxiques, planche sur la question. En Grande-Bretagne, la voie d’une assurance sur les pertes futures, partagées entre contribuable et prêteurs, a été préférée.
L’Europe apparaît d’ailleurs comme l’un des points noirs du rapport. Certes, le gros des pertes se situe aux Etats-Unis, où leur montant a été revu à la hausse de 2.200 à 2.700 milliards. Mais c’est bien sur le Vieux Continent qu’il faut s’attendre aux plus fortes dépréciations dans les comptes des banques en 2009 et en 2010 : 750 milliards en zone euro, 200 milliards en Grande-Bretagne, et 125 milliards dans les pays scandinaves, l’Islande et la Suisse. A fin 2008, le montant des dépréciations reconnues s’élevait respectivement à 154, 110 et 70 milliards dans ces trois régions, alors que les Etats-Unis, eux, en ont déjà enregistré 510 milliards.
Le FMI calcule aussi les besoins en capitaux supplémentaires que ces dépréciations rendront nécessaires, compte tenu des résultats attendus des établissements financiers, d’une part, et de la réduction des leviers, d’autre part. Là encore, les banques de la zone euro devraient lever 375 milliards, et leurs homologues britanniques 125 milliards.
Le rapport de stabilité se fonde sur une série d’hypothèses – sur la composition des bilans, la valeur de marché des titres, les taux de pertes sur crédit – pour faire tourner ses modèles. Il suscitera d’âpres débats des deux côtés de l’Atlantique. Le moins que l’on puisse dire est que la vision noire du Fonds n’est pas partagée, officiellement du moins, par les régulateurs et la Banque centrale européenne. « Le FMI adopte une grille d’analyse correcte sur le cas américain, mais la dupliquer à l’Europe n’est pas approprié », estimait hier un grand commis de l’Etat. Reste que dans des segments comme le LBO, de nombreux professionnels jugent que les banques européennes ont bien moins provisionné que leurs homologues américaines.
Il y a un an tout juste, le FMI avait dû essuyer les mêmes critiques. Il prédisait 1.400 milliards de pertes liées à la crise, un chiffre jugé énorme à l’époque. Les faits lui ont depuis donné raison, « mais uniquement à cause de la faillite de Lehman, qu’il n’avait pas prévue », relève un critique.
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