Le dossier EDF invite à revoir les règles des suspensions de cours
Pourquoi donc suspendre le cours d’EDF ? A la veille de la fête nationale, l’énergéticien public a annoncé dans un communiqué laconique qu’à «la suite des annonces de madame la Première ministre, et après échanges avec l’Autorité des marchés financiers, EDF SA a demandé la suspension de la cotation de ses titres de capital jusqu’à nouvel ordre». Le 6 juillet, la Première ministre, Elisabeth Borne, avait annoncé dans son discours de politique générale l’intention de l’Etat de procéder à l’acquisition des titres de capital d’EDF non encore détenues. De quoi attiser les spéculations et favoriser la hausse du cours. Depuis le 5 juillet, l’action a rebondi de 30%, dans des volumes beaucoup plus importants qu’habituellement, mais reste sous ses niveaux de novembre 2021.
Cette suspension de cours était-elle vraiment justifiée ? EDF comme l’AMF se sont refusées à tout commentaire. Néanmoins, tous les observateurs ont compris que l’Etat ne voulait pas laisser rebondir le titre, avec le risque de faire flamber la facture de l’offre publique pour acquérir les 16,1% de flottant qui lui manquent. Pourtant, le gouvernement est lui-même responsable de ces rumeurs, avec une communication aussi floue et étalée dans le temps. Mercredi dernier, l’Etat a ajouté qu’il «précisera[it] ses intentions au plus tard le 19 juillet 2022 avant-Bourse». Quel que soit le prix de sortie offert – des analystes évoquent 12 ou 13 euros par action –, les épargnants de long terme seront perdants, en particulier ceux entrés en 2005 à 32 euros lors de la cotation.
Selon ses règles de marché, Euronext «peut, de sa seule initiative ou sur demande motivée de l’émetteur concerné, suspendre la négociation d’un titre pour empêcher ou arrêter un fonctionnement erratique du marché». En revanche, l’entreprise de marché «suspend la négociation d’un titre à la demande d’une autorité compétente». Autrement dit, Euronext ne peut pas s’opposer à la demande de l’AMF. Ce qui est le cas en l’espèce, explique à L’Agefi Euronext.
Protection des investisseurs
Les mesures de suspension «doivent toujours être justifiées par une forte probabilité que le cours de la société soit décorrélé de sa valeur fondamentale, typiquement du fait de rumeurs fausses ou provoquant une volatilité excessive, explique Paul Oudin, collaborateur chez Vermeille & Co et doctorant à l’université d’Oxford. La suspension vient alors protéger l’investisseur. Ce pourrait être le cas ici du fait du caractère particulièrement vague et spéculatif des déclarations du gouvernement et des rumeurs de marché qui en résultent».
Toutefois, la durée de ces mesures «doit être cantonnée au strict nécessaire car elles sont extrêmement contraignantes pour les investisseurs, qui sont privés de toute solution de liquidité jusqu’à leur levée». D’ailleurs, «dans un contexte normal, l’AMF aurait dû demander à l’Etat de déclarer formellement son intention, ou non, de déposer une offre sur EDF, ce qui aurait peut-être permis d’éviter cette suspension», poursuit Paul Oudin.
Alors qu’Euronext tend «à systématiquement avaliser les demandes de suspension formulées par les émetteurs, bien que le droit applicable lui laisse à notre avis la liberté de les accepter ou non, nous militons pour une clarification législative sur les suspensions de cours», conclut Paul Oudin.
Plus d'articles du même thème
-
UniCredit continue à convaincre des actionnaires de Commerzbank
La banque italienne a annoncé avoir obtenu plus de 10% des titres de sa cible dans le cadre de son offre publique d’échange. De son côté, Commerzbank conteste le bien-fondé de ces chiffres. -
Intesa fait entrer la consolidation bancaire italienne dans une nouvelle ère
La plus grande banque italienne a lancé une offre pour racheter MPS-Mediobanca quelques heures après que Banco BPM a fait une proposition similaire. De quoi bouleverser les équilibres de l'ensemble de la finance transalpine. -
M6 s'enflamme sur de nouvelles rumeurs de rachat par TF1
Le groupe d'audiovisuel bondit de près de 12 % lundi en clôture sur fond d'intérêt renouvelé de la part de prétendants, parmi lesquels TF1 et la famille Saadé.
ETF à la Une
BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale change de directeur général
- Le Crédit Agricole est confronté à la reprise des grandes manœuvres en Italie
- Le commissariat aux comptes séduit plus que jamais les jeunes générations
- Des manquements déclaratifs pourraient coûter 1,8 million d’euros à Bourse Direct
- L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
Contenu de nos partenaires
-
Tri sélectifPrésidentielle : l'angoisse du sondeur au moment du départage
Faute de primaires pour désigner leur candidat, les partis du bloc central, LR et le PS s'en remettent aux sondages pour identifier le candidat capable d'éviter un second tour entre le RN et LFI à l'élection présidentielle de 2027 -
Plan de volLes quatre options de Berlin après l'échec du SCAF
Plusieurs groupes industriels allemands se sont positionnés, sous la houlette d'Airbus, pour concevoir intégralement un avion de combat. -
Tribune libreJean-Jacques Urvoas : « L'affaire Lyhanna, une crise qui ne produira rien »
« En focalisant les attentions sur la mise en cause de “dysfonctionnements” désignés avant même les conclusions de l’inspection, et en laissant le champ libre à un face-à-face convenu sur les seuls moyens budgétaires, la Chancellerie a réussi à occulter la dimension systémique du drame »