Le cas SES-imagotag rappelle la place boursière à ses devoirs
La place financière parisienne se flatte, à juste titre, d’avoir redoré son blason depuis le Brexit. Mais les archaïsmes ont la vie dure lorsque actionnaires ou créanciers minoritaires tentent de bousculer la marche courante des affaires. En témoigne le cas SES-Imagotag, un spécialiste des étiquettes électroniques et star montante de la Bourse, que deux vendeurs à découvert ont accusé le 22 juin au matin de surévaluer ses revenus et ses résultats.
Chacun se fera son opinion sur le fond du dossier et les réponses que la société ne manquera pas d’apporter à ses détracteurs. Seule certitude, les actionnaires de l’entreprise se sont trouvés dans l’impossibilité, un jour entier, d’exercer leurs droits en achetant ou en vendant le titre. La cotation, suspendue, n’a repris que le lendemain. Un problème technique lié à l’afflux d’ordres vendeurs ? Pourtant, rien n’avait empêché l’action de s’adjuger plus de 50% en une séance fin avril, après l’annonce d’un juteux contrat commercial avec le distributeur américain Walmart.
Ce n’est hélas pas la première fois qu’un tel phénomène se produit à Paris. Il y a deux ans, Solutions 30, elle aussi visée par des activistes, avait obtenu une suspension de cotation près de quinze jours, au mépris du fonctionnement normal du marché financier. Un mépris que la réputation sulfureuse, et méritée dans certains cas, des vendeurs à découvert, a longtemps alimenté. Bruno Le Maire ne déclarait-il pas en avril 2019, au soutien de Casino, que les activistes «qui détruisent de la valeur doivent être combattus »?
Formation des prix
Depuis, entre Wirecard et Steinhoff, ces fonds ont mis au jour des fraudes passées inaperçues aux yeux des commissaires aux comptes, des investisseurs et des gendarmes boursiers. Dans ces affaires, la destruction de valeur était bien le fait de dirigeants qui se drapaient trop facilement dans l’intérêt social de l’entreprise et de ses salariés pour assurer leur défense. Quant à la critique visant ceux qui spéculent à la baisse, c’est un argument spécieux : personne ne reproche aux analystes qui recommandent des valeurs à l’achat d’encourager la spéculation à la hausse.
Exercée dans le respect des règles de marché, la vente à découvert constitue un élément légitime du mécanisme de formation des prix. Encore faut-il que ce mécanisme puisse fonctionner sans entraves, sans quoi les hussards du short selling se sentiront fondés à déclencher leurs attaques en pleine séance boursière. Il en va de la crédibilité de la place parisienne, mais aussi de l’intérêt des valeurs cotées.
A lire aussi : GESTION D’ACTIFS - Le risque des attaques à découvert
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