Le capital-risque d’entreprise confirme son retour en grâce
Certains parlent d’une «lame de fonds mondiale». Après leur quasi-disparition suite à l’éclatement de la bulle internet, les entreprises font leur retour dans le corporate venture (capital-risque d’entreprise).
Une tendance visible en France. Selon les derniers chiffres publiés par l’Observatoire PME Finance lors d’une conférence sur le sujet organisée avec le cabinet Morgan Lewis, les industriels ont contribué à hauteur de 7,2% des montants levés en France en 2010, contre 3,2% en Europe. «Mérieux Développement dispose d’une enveloppe de 70 millions d’euros, avec l’objectif de la porter à 150-200 millions dans deux ans», explique François Valencony, DG de la structure fondée par BioMérieux.
«Ces dernières années, les stratégies adoptées par les groupes se sont largement diversifiées», note toutefois Isabelle Veil, de PME Finance: investissements directs sans structure dédiée pilotés directement depuis la direction générale (Dassault Systèmes, Saint-Gobain, Veolia), mandats confiés à des tiers indépendants comme ACE Management, structures placées sous l’autorité des directions de la stratégie ou de l’innovation, sociétés de gestion réglementées captives (comme Xange Capital pour La Poste ou Innovacom pour Orange).
L’objectif premier n’est pas la rentabilité. C’est d’abord un outil de veille technologique. «Ce ne sont pas les investissements que nous réalisons qui intéressent nos actionnaires, mais tous les dossiers que nous regardons en amont, qui leur permettent de capter les tendances émergentes», précise Jean-Marc Bally, président d’Aster Capital. Cette société a adopté une stratégie qui gagne en popularité: contrôlée à 100% par Schneider Electric à sa création en 2000, elle s’est ouverte en 2009 à Alstom et Rhodia, «proches, mais pas concurrents». Même esprit chez Ecomobilité Ventures, où SNCF a accueilli Total, PSA Peugeot-Citroën et Orange. Outre l’accroissement de la capacité d’investissement, il s’agit aussi de rassurer les dirigeants de start-up, qui craignent de se faire phagocyter par un unique actionnaire.
«CEA Investissement évolue vers une structure poly-actionnaire», ajoute Régis Saleur, directeur de la filiale du CEA. Cette décision illustre également l’intérêt d’incubateur que peut avoir le corporate venture: «Nos partenaires potentiels s’intéressent à notre capacité à faire ressortir des projets et des idées qu’ils n’arrivent pas à identifier dans leur propre R&D».
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