Le CAC 40 est-il devenu un indice «luxe» ?
Une fois n’est pas coutume, la Bourse de Paris est en haut de l’affiche mondiale. Depuis plusieurs trimestres, son indice phare affiche parmi les meilleures performances des marchés occidentaux. A plus de 7.500 points, le CAC 40 bat même record sur record, effaçant la guerre en Ukraine, la hausse des taux d’intérêt et la crise bancaire.
Cette éclatante insolence boursière tient à deux phénomènes. La fin de l’euphorie sur les entreprises technologiques a peu pénalisé la place parisienne, qui en est largement dépourvue. A l’inverse, l’engouement pour les valeurs du luxe, spécialité française, lui profite à plein. Au point que ce secteur prend une place inédite au sein de l’indice parisien.
En dix ans, le poids du luxe dans le CAC 40 a été multiplié par près de 2,5, passant de 10,2% fin 2012 à 25,3% le 14 avril dernier selon les données d’Euronext (voir graphique ci-dessous), qui tiennent compte de la capitalisation flottante des sociétés. Une évolution largement portée par le numéro un mondial de cette industrie. LVMH pèse aujourd’hui 13,2% de l’indice, approchant du plafond fixé à 15% pour une seule société, contre à peine 5% une décennie plus tôt. L’Oréal pointe pour sa part à 5,95% (3,7% en 2012) et Kering à 2,5% (1,5%). Hermès, qui n’a intégré le CAC 40 qu’en 2018, pèse déjà 3,7%, contre 1,2% il y a un peu plus de quatre ans.
Les banques pèsent moins de 6%
Dans le même temps, des industries historiques de la Bourse parisienne ont vu leur poids fondre. L’énergie ne représente plus que 10,2% de l’indice, contre 17,3% il y a dix ans, en raison de l’exclusion de plusieurs sociétés (EDF, Technip, Vallourec) et de la perte de vitesse de ses deux derniers représentants. A 1,66%, Engie pèse deux fois moins lourd qu’il y a dix ans et TotalEnergies, la deuxième plus forte pondération du CAC 40, ne ressort plus qu’à 8,6%, contre 11,9% en 2012, en dépit de son rebond boursier des deux dernières années.
De la même manière, et alors qu’aucun de ses membres n’a été évincé de l’indice ces dix dernières années, le secteur bancaire affiche également un net retrait. BNP Paribas, le Crédit Agricole et la Société Générale ne représentent plus que 5,8% de l’indice parisien, contre près de 10% une décennie plus tôt.
La montée en puissance du luxe dans le CAC 40 est d’autant plus impressionnante que les entreprises du secteur partent avec un important désavantage. Elles sont largement détenues par des familles, ce qui limite la part du capital susceptible d’être cédée et donc la capitalisation dite «flottante». Ainsi, elle ne dépasse pas 52% du total chez LVMH, 44% pour L’Oréal ou 34% chez Hermès.
La capitalisation totale des quatre «KHOL» s’élève à 950 milliards d’euros, ce qui porterait leur poids à 38% du CAC 40 si Euronext ne retenait pas le critère de la capitalisation flottante pour construire son indice. A «seulement» 25%, la représentation du luxe n’est finalement pas si loin de celle des Gafam dans le S&P 500 (20%) et très loin de leur poids dans le Nasdaq Composite (38%).
Plus d'articles du même thème
-
EssilorLuxottica veut croire à la fin de son purgatoire boursier
Avec un cours divisé par deux en un an, le géant de l'optique et du luxe paie le prix des doutes sur la croissance des lunettes connectées et les déchirements au sein de la famille Del Vecchio. -
LBO France sort pour la seconde fois du capital de l’agence de communication du luxe Mazarine
Le fondateur Paul-Emmanuel Reiffers renforce sa mainmise au capital du groupe qu’il a créé en 1993 dans la perspective à terme d’une transmission familiale. L'opération permet la sortie de LBO France, revenu au tour de table en 2023 après avoir participé au premier LBO. -
Les OAT décrochent après les troubles en France
Après le week-end chaotique, les actions françaises et le marché des taux ont accentué leur chute lundi. Les investisseurs s'inquiètent des difficultés du gouvernement à faire face à la situation sociale et à ses conséquences budgétaires.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
VanEck a collecté plus de 13 milliards de dollars depuis le début de l’année pour sa gamme d’ETF Ucits
- BNP Paribas augmente la plupart de ses salariés entre 1.000 et 1.500 euros
- Macif Vie est menacée par la Cnil d'une sanction de 7 millions d’euros
- Eutelsat bondit en Bourse alors que Starlink réduit ses services en Ukraine
- ASML manifeste les premiers symptômes des limites physiques de l'IA
- UniCredit va pouvoir prendre le contrôle de Commerzbank
Contenu de nos partenaires
-
De premiers couvre-feux « localisés » annoncés à Paris, Nice, Lyon et Lille après les violences
Après la prise de parole du Premier ministre dans l’après-midi, des couvre-feux sont instaurés dans plusieurs villes dont Paris, Nice, Lille et Lyon dès ce lundi soir -
Violences du 17 octobre : « L’ultragauche a allumé l’incendie, les jeunes des banlieues ont pris le relais »
Depuis les violences du 17 octobre, Emmanuel Macron, Sébastien Lecornu et Laurent Nuñez pointent la responsabilité de « groupuscules d'ultragauche ». Mais que recouvre vraiment ce terme ? -
« Une convergence entre l‘extrême gauche et les racailles »: Bruno Retailleau fait le lien entre l’immigration et les violences du 17 octobre
« Il y a un lien entre une immigration massive qui crée des désordres sécuritaires et ce qui s’est passé dimanche. Oui, je le dis et je l’affirme », a martelé lundi Bruno Retailleau lors d’une conférence de presse sur le thème « rétablir l’ordre », convoquée au lendemain d’un week-end de violences urbaines. « Ce qui s’est passé hier, c’est une convergence entre l‘extrême gauche et les racailles, les délinquants venant de banlieue », a-t-il ajouté, en assurant se baser sur « les remontées d’interpellations ».