L’ampleur masquée du chômage en zone euro
Le chômage en zone euro est plus élevé que ne l’indiquent les statistiques officielles ce qui freine la hausse des salaires, considère la Banque centrale européenne (BCE) dans un bulletin publié le 10 mai 2017.
Cette situation retarde la normalisation de la politique monétaire, aujourd’hui très accomodante, ajoute la banque centrale.
Dans ce document, intitulé «Economic Bulletin, issue 3/2017», l’institut de Francfort juge qu’une dynamique des salaires est nécessaire pour parvenir à un rebond durable de l’inflation dans la zone euro, préalable à l’abandon de sa politique de taux négatifs ou nuls, et d’achats d’actifs de plusieurs dizaines de milliards d’euros mensuels depuis mars 2015.
L’incohérence entre le recul du chômage et la faible progression des salaires n’est qu’apparente, explique la BCE dans cette étude. Les chiffres officiels excluent toutes les personnes ne respectant pas certains critères statistiques stricts mais aussi tous les temps partiels subis, alors même que ces deux populations accentuent l’atonie du marché du travail. Ajustés de ces deux catégories, le sous-emploi s’est élèvé à environ 15% dans la zone euro au quatrième trimestre 2016, bien au dessus du taux de chômage officiel de 9,5%.
Selon une approche maximaliste, ce taux pourrait même s'élever à 18% des personnes en âge de travailler en zone euro si l’on intègre les personnes sans emploi, celles qui sont sous-employées, celles disponibles mais ne recherchant pas un emploi et celles recherchant un emploi mais indisponibles. Il s’agit là des composantes de la force de travail «supplémentaire potentielle» dont la difficile mesure risque d'être sur-estimée et qui nécessite d'être réajustée, précisent les auteurs.
«En France et en Italie, les mesures plus larges du sous-emploi sur le marché du travail ont continué d’augmenter durant toute la période de reprise (économique), alors qu’en Espagne et dans d’autres économies de la zone euro, elles ont enregistré un récent déclin mais restent bien supérieures aux niveaux d’avant-crise», indique cette note de la BCE. «Le niveau de l’indicateur élargi de la sous-utilisation de la main d’oeuvre reste élevé et cela va probablement continuer à freiner la dynamique des salaires», ajoutent les auteurs. Seule l’Allemagne semble manifester des signes de tensions sur son marché du travail.
Les réformes du marché du travail, promues notamment par la BCE, ont contribué à l’essor du travail à temps partiel, offrant aux employeurs une plus grande souplesse dans la gestion de leurs effectifs. Les entreprises privilégient désormais ce type d’embauches plutôt que d’accroître la charge de travail de leurs employés. Le nombre de postes à temps partiel ou à durée déterminée a augmenté de près de quatre millions dans la zone euro depuis la crise financière alors même que l’emploi total n’a pas augmenté.
La BCE estime qu’environ 3,5% de la population en âge de travailler est statistiquement inactive même si cette fraction pourrait rapidement revenir sur le marché du travail. Une autre fraction de 3% est sous-employée, c’est-à -dire travaille moins qu’elle ne le souhaiterait. Avec ces deux catégories, le sous-emploi dans la zone euro est encore supérieur de trois points de pourcentage à son niveau d’avant-crise, indiquent les données de la BCE.
Autre sujet de réflexion pour la BCE, l’essentiel des créations d’emploi s’effectue dans les services, où les gains de productivité sont intrinsèquement plus faibles, ce qui limite encore davantage les possibilités de hausse des salaires.
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