La Suisse fait passer un cap à la monnaie digitale
Pari réussi. Un mois après avoir révélé leur plan, la Banque des règlements internationaux (BRI), la Banque nationale suisse (BNS) et le groupe SIX, opérateur de la Bourse de Zurich, ont réalisé «avec succès» une expérimentation de monnaie digitale de banque centrale(MDBC).
La BNS a testé une MDBC de gros, destinée aux banques et institutions financières par opposition aux MDBC de détail expérimentées par des banques centrales comme celles de la Lituanie, de la Suède ou de la Chine, visant les particuliers. La Banque centrale européenne (BCE) a lancé ses réflexions sur un euro-digital mi-octobre. De son côté, la Banque de France avance sur le sujet depuis près d’un an.
Une MDBC de gros présente des avantages potentiels
Deux solutions ont été réalisées dans le cadre du projet Helvetica. D’une part, il s’agissait de délivrer une MDBC de gros sur une plate-forme d’actifs numériques du groupe SIX, afin de réaliser des règlements. L’autre solution consistait à relier la plate-forme de registre distribué (DLT) du groupe SIX au système de règlement livraison suisse. Ces tests ont permis aux institutions de constater qu’une MDBC de gros présentait des avantages «potentiels» lors du règlement d’actifs numériques mais que des obstacles persistent en matière de «politique et de gouvernance».
«Quelles que soient les technologies adoptées par les marchés financiers à l’avenir, la sécurité et la fiabilité de l’infrastructure financière suisse doivent être conservées. S’il devait s’avérer que la DLT peut améliorer sensiblement la négociation des titres et le règlement des opérations correspondantes, la BNS sera préparée», a expliqué Andréa Maechler, membre du directoire de la BNS, lors d’une conférence de presse.
Malgré l’effet d’annonce, la BNS a tenu à être claire. «Nous ne sommes pas prêts à émettre une MDBC», a prévenu Andréa Maechler. Des travaux plus poussés seront d’ailleurs «nécessaires», afin de mieux comprendre les implications «pratiques et réglementaires» d’une MDBC de gros ainsi que les risques et avantages associés.
L’utilisation du «cash» par la population suisse n’est par ailleurs pas menacée par ce projet, a précisé la banque nationale suisse. «Une MDBC ne mettra pas fin aux espèces, nous voyons beaucoup de choses coexister avec différentes formes de monnaie», a ajouté Benoît Cœuré, responsable du pôle innovation de la BRI, lors de la conférence de presse.
En parallèle de ces essais, les institutions ont publié un rapport sur leurs expérimentations propres et sur celles en cours des autres banques centrales. «Les banques centrales ont des options en matière de devises digitales», a tenu à rappeler Benoît Cœuré.
Les questions liées à l’intégration avec Règlement brut en temps réel en direct ou encore celles politiques liées à la création d’un nouveau type de monnaie n’ont pas été abordées dans ce rapport, admet Benoît Cœuré.
Prochaines étapes, pour la BRI : approfondir l’expérience «en passant en revue» toutes les étapes que les banques centrales doivent suivre avant d'émettre une MDBC complète et ouvrir la voie à d’autres recherches. Le centre d’innovation de la BRI mène de fait des expérimentations à Singapour et dans la région administrative spéciale de Hong Kong en Chine et devrait bientôt mener des travaux à Francfort, Paris, Londres, Stockholm et Toronto.
Au cours de la conférence de presse, aucun commentaire n’a été fait sur les projets en cours des autres banques centrales, dont certains sont déjà très avancés, comme en Chine.
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