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La santé de l'économie américaine
L'économie américaine fait preuve d’une vigueur surprenante. Selon l’enquête Bloomberg de février, les dernières prévisions font état d’une croissance du PIB de près de 2% en 2024 alors qu’elles tablaient sur seulement 0,6% en août dernier. Il y a désormais un écart notable avec la zone euro, où le consensus pour la croissance 2024 s'établit désormais à 0,5%, soit à peine la moitié du niveau d’août dernier. Bien que moins spectaculaire que pour la zone euro, le consensus pour les autres grandes régions est également aujourd’hui globalement en repli par rapport aux prévisions d’août dernier, ce qui fait des États-Unis une exception.
Une partie de la vigueur des États-Unis s’explique par un effet vertueux de la désinflation qui a dopé la consommation et favorisé la création d’emplois, ce qui a renforcé la confiance des ménages. De plus, les gains de productivité des entreprises ont permis d’accorder des hausses de salaires sans susciter de craintes majeures quant à l'émergence d’une spirale prix-salaires. La croissance du revenu réel disponible a ainsi augmenté d’un peu plus de 4% en 2023, après une contraction de 6% en 2022.
Un autre facteur positif pour les entreprises est venu de l’impact apparemment limité du resserrement de la politique monétaire sur leurs bilans. Les paiements nets d’intérêts restent faibles, malgré un cycle de hausse de taux parmi les plus agressifs de la Fed. Une explication se trouve probablement dans la rémunération positive des soldes de trésorerie des entreprises qui bénéficient d’un coût encore faible de leur dette à long terme. Dans les comptes nationaux, les paiements nets d’intérêts ont diminué, mais ces chiffres pourraient être révisés dans les prochaines publications.
A l’avenir, nous anticipons une dynamique moins favorable en raison de la vague de refinancement de la dette des entreprises. Le marché de l’immobilier commercial est préoccupant à cet égard. De plus, les bilans des ménages pourraient se fragiliser. Leur excédent d'épargne pandémique est désormais épuisé. A 3,7%, le taux d'épargne des ménages est inférieur d’environ 6% à sa moyenne de la décennie pré-pandémique. Une augmentation, même modérée du chômage, pourrait entraîner un ajustement substantiel de la consommation.
Risques d’essoufflement du marché du travail
Le marché du travail pourrait montrer des signes d’essoufflement au cours des prochains trimestres. Le mois de janvier a été marqué par une hausse spectaculaire de l’emploi, avec un taux de chômage de seulement 3,7%, mais la baisse du nombre de personnes quittant leur emploi et celle du nombre d’heures travaillées laissent présager un ralentissement des embauches.
Dans ce contexte, il faut noter qu’une grande partie de la vigueur récente du marché du travail provient de quelques secteurs seulement. Environ un tiers des 3 millions d’emplois créés en 2023 provient du secteur des soins de santé et de l’assistance sociale qui ne représente que 14% du total des emplois. Cela s’explique en partie par le rattrapage post-pandémique. Le secteur a recruté du personnel permanent après avoir souffert de graves pénuries pendant la pandémie qui avaient entraîné le report des interventions non urgentes.
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Le relais de la santé
D’un point de vue structurel, la demande de soins de santé sera soutenue par le vieillissement de la population et la prévalence des maladies chroniques. D’un point de vue conjoncturel, c’est un secteur résilient car les dépenses de santé sont moins difficiles à réduire. Il n’est donc pas surprenant que le Département du travail des Etats-Unis prévoie que les soins de santé et les services sociaux seront l’un des secteurs à forte croissance au cours de la prochaine décennie. Le nombre d’emplois créés au cours de la décennie 2022-2032 s'élèverait à 2,1 millions, soit environ 210.000 par an. Ce chiffre est à comparer au rythme de près d’un million observé au cours de l’année écoulée.
La désinflation est en bonne voie et l’assouplissement monétaire de la Fed devrait contribuer à limiter le risque de récession, compte tenu aussi des divers programmes gouvernementaux de soutien aux investissements. Il est peu probable que cela change avec les prochaines élections présidentielles, même si de nouvelles frictions sur le plan international pourraient constituer un vent contraire. En fin de compte, c’est la vigueur des dépenses d’investissement et leur contenu en recherche et développement qui déterminera le potentiel de croissance à long terme. Les gains de productivité aux Etats-Unis ont certainement été impressionnants, la question est de savoir s’ils s’avéreront durables.
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