La réunion de la Fed pourrait lancer la «trêve des confiseurs»
Wait and see.» C’est ainsi que la plupart des analystes résument la probable position du Comité de politique monétaire (FOMC) que tiendront les gouverneurs de la Réserve Fédérale (Fed) mercredi. Parce qu’ils n’auront pas tellement plus de visibilité sur l’issue de la guerre commerciale sino-américaine pour laquelle on attend toujours un premier accord partiel, ni sur l’issue du Brexit ou même sur l’économie américaine : «Les membres du FOMC ne devraient pas se laisser gagner par l’euphorie des derniers chiffres de l’emploi, conscients des possibles révisions ultérieures, comme en 2002, en 2008 ou encore cette année – même si la révision à la baisse de 500.000 créations sur avril 2018-mars 2019 doit encore être intégrée dans les statistiques», rappelle Bastien Drut, stratégiste senior chez CPR AM.
Le Bureau of Labor Statistics (BLS) a en effet publié vendredi ses estimations de 266.000 créations d’emplois non agricoles en novembre, après 156.000 en octobre et 193.000 en septembre : de très bons chiffres - gonflés par le retour dans les emplois payés de 40.000 grévistes de General Motors - par rapport aux estimations deux jours plus tôt de 67.000 créations pour l’agence ADP, qui dispose d’un échantillon plus large. Bastien Drut s’étonne de «ces chiffres record, alors que le Canada, dont l’économie est assez corrélée à celle des Etats-Unis publie ses pires chiffres en dix ans et que les statistiques sur le nombre d’heures travaillées dans le secteur manifacturier est plutôt bas». Christophe Morel, chef économiste de Groupama AM, ajoute que «la courbe de l’emploi industriel n’a pas encore suivi le ralentissement des PMI industriels et de l’investissement, contrairement à 1995 et à 1998, ce qui n’est pas cohérent avec le ralentissement de milieu de cycle donc parle le président de la Fed».
Jerome Powell, a dit mi-novembre que le FOMC s’était appuyé sur la révision du BLS pour enclencher la première de ses trois baisses de taux cet été. «Il a aussi fini par justifier ces ajustements par des raisons structurelles, et non conjoncturelles comme la guerre commerciale, note Bastien Drut : faire remonter le taux de participation, rallonger le cycle pour en faire bénéficier les populations défavorisées – ce qui pourrait encore inciter la Fed à diminuer ses taux en 2020, même avec une croissance acceptable.»
Ce prolongement du cycle est au cœur du débat, alors que les profits des entreprises - hors avantages fiscaux – chutent de manière quasi inversement proportionnelle à leurs cours de Bourse et à leur endettement. «Les enquêtes de conjoncture, les ventes au détail et donc l’évolution de la croissance ne sont pas très bien orientées : la Fed en tiendra compte cette semaine, d’autant que les anticipations d’inflation restent sous surveillance, et il sera intéressant d’observer les dots des gouverneurs comme indicateurs des tendances à venir, poursuit Christophe Morel. Pour nous, l’année 2020 sera ‘calme’, également du fait des incertitudes liées à la campagne électorale, et la fin de cycle se matérialisera doucement, malgré les interventions de la Fed, en 2021.»
Au-delà du probable statu quo avant une prochaine (et unique) baisse des taux attendue en 2020, les analystes scruteront les réponses de Jerome Powell concernant les marchés interbancaires : «Certains taux se sont à nouveau tendus ces derniers jours malgré les injections de liquidités quotidiennes et le ‘soft-QE’ mensuel, qui ne semblent pas toujours suffire à apaiser les tensions, notamment à l’approche de la fin d’année, quand les banques ‘nettoient’ leurs bilans, conclut Bastien Drut. Ce phénomène est exacerbé par le fait que le compte du Trésor à la Fed est resté quasiment stable depuis la fin septembre et la période de paiement des impôts par les entreprises.»
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