La réforme européenne de l’audit épargne la domination des Big Four
Le Parlement européen adoptera ce mercredi la réforme de l’audit en négociation depuis 2011. L’objectif initial affiché par la Commission était de réduire la domination des «Big Four» - Deloitte, EY, KPMG, PwC - et de s’attaquer aux conflits d’intérêts en interdisant certaines prestations ou en encadrant la combinaison de services d’audit et de conseil.
«En France, il y a peu de dispositions qui auront un impact réel. La liste noire des services interdits est plutôt une remise à niveau, d’ailleurs justifiée, pour certains autres pays européens. En revanche, les règles de rotation vont changer la donne», estime Eric Seyos, associé du cabinet BM&A.
L’accord trouvé en décembre introduit une «rotation obligatoire» des cabinets tous les 10 ans, mais la porte à 24 ans en cas de co-commissariat. A titre transitoire, le mandat pourra même être étendu de deux ans supplémentaires. «En 2014 une entreprise qui est dans un co-commissariat aux comptes depuis plus de 20 ans aura 6 ans pour se faire renouveler, ce qui signifie que d’ici à 2020 beaucoup de mandats vont changer de cabinet», explique Eric Seyos.
«Nous avons été entendus au sujet du co-commissariat aux comptes», explique Yves Nicolas, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, qui souligne toutefois que «la moitié des mandats d’intérêt public ne sont pas concernés par le co-commissariat». Lorsqu’un seul cabinet est désigné, le mandat ne pourra être prolongé au-delà de dix ans qu’après appel d’offres.
«Le cumul des appels d’offres et de la rotation risque d’entraîner une baisse des prix dangereuse pour la qualité», juge Eric Seyos, qui reconnaît toutefois que «certaines entreprises se plaignaient jusqu’à présent de souffrir d’un manque de choix». Au total, il table sur un marché plus actif pas tant au niveau des très grands comptes que sur le segment intermédiaire. «On peut présumer que parmi les dizaines de cabinets présents sur le SBF 250 nous assistions à des regroupements», dit-il.
Une évolution qui fait douter Yves Nicolas des vertus de la réforme. «On voulait améliorer la qualité, on ne fait que toucher au modèle économique des cabinets. Cette réforme risque d’aboutir finalement à une concentration du marché», dit-il. D’autant plus que le texte interdit à un cabinet de faire plus de 15% de son chiffre d’affaires avec un seul client pendant plus de trois ans d’affilée. Une disposition qui, assure-t-il, risque de bloquer les nouveaux entrants.
Plus d'articles du même thème
-
Les notaires élisent leur nouveau président
Pierre Jean Meyssan, notaire à Bordeaux, succède à Bertrand Savouré qui a effectué deux mandats consécutifs à partir de 2024. -
Les dettes bancaires subordonnées voient leurs émissions ralentir
Leurs performances moyennes calent également, mais restent meilleures que celles des autres segments du crédit, au moins pour les dettes subordonnées Additional Tier 1 (AT1). -
L’OPA de Paprec sur Pizzorno est ouverte jusqu’au 10 novembre 2026
L’Autorité des marchés financiers vient de déclarer conforme le projet d’offre publique d’achat simplifiée déposé début juillet. GMB Invest, minoritaire de Pizzorno avec 20,15% du capital, n’a pas obtenu gain de cause auprès de l’expert indépendant et de l’AMF.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Le taux souverain français dépasse 5%
- Les banques françaises restent très dépendantes de leur marché domestique
- Les autorités françaises publient leurs propositions sur le règlement européen MiCA
- La croissance d'Hermès ralentit et son titre plonge
Contenu de nos partenaires
-
EXCLUSIFBenoît Bazin : « Pourquoi ne pas laisser le privé gérer le bâti scolaire, comme en Allemagne ? »
Le PDG de Saint-Gobain alerte depuis des années sur les besoins de rénovation des bâtiments publics, dont 70 % concernent la santé et l'éducation. Le logement, dit-il, doit être une priorité du prochain président. -
Dura lex, capexAnthropic se met à nu pour séduire Wall Street
L'éditeur de Claude espère lever cent milliards de dollars pour financer ses investissements technologiques titanesques -
RepeuplementItalie : le grand écart migratoire de Giorgia Meloni
Le gouvernement italien a multiplié les quotas de travailleurs étrangers pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre et freiner la baisse démographique. La bureaucratie empêche encore une grande partie des entrées programmées de se concrétiser