La pandémie de coronavirus va accentuer les inégalités
La crise sanitaire et économique liée à la pandémie de coronavirus va avoir de nombreuses conséquences à moyen-long terme, dont l’une d’entre elles est commune à toutes les dernières crises : le creusement des inégalités. Ce fossé n’est pas nouveau puisqu’il s’est accru au cours des quatre dernières décennies. Les 1% les plus riches ont capté deux fois plus de la croissance mondiale au cours de la période que les 50% les plus pauvres, selon le rapport de la World Inequality Database (WID) sur les inégalités mondiales de 2018.
Les inégalités de revenus ont fortement augmenté dans les pays développés notamment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni où la part de revenu des 1% les plus riches de la population a quasiment doublé à 11% et 21%, respectivement. Il en est de même pour le patrimoine. La moitié de la population qui en possède le moins a 3% du total de ce patrimoine (divisé par deux en 35 ans), et les 10% du haut 71% (contre 53% en 1980). «La récession causée par la pandémie, conjuguée aux changements structurels induits par le Covid-19, devrait avoir un impact négatif plus important sur la distribution des revenus», affirme Nomura. «Le Covid-19 va probablement exacerber les inégalités dans le monde et entraîner une augmentation du niveau global de dette parmi les populations à faible revenus et de l’épargne pour les plus riches», poursuit John Payne, économiste chez Oxford Economics.
Un fardeau proportionnellement plus lourd pour les moins qualifiés
L’histoire des pandémies témoigne de cette évolution. «Les inégalités se sont accrues pendant ces périodes car le fardeau des ajustements économiques s’abat de façon disproportionnée sur les travailleurs les plus faiblement qualifiés», et donc à faible revenu, note John Payne. D’abord parce que les activités de services nécessitant un contact direct, comme les restaurants, les hôtels…, sont le plus durement touchées et qu’elles comptent un grand nombre d’employés faiblement qualifiés. La possibilité de travailler à distance, qui est l’une des originalités de cette crise sanitaire, est déterminante par rapport au risque de perte d’emploi. Or ce sont généralement les postes les plus qualifiés qui sont concernés.
Le creusement des inégalités va aussi se manifester par la nécessité pour les personnes ayant un faible revenu d’augmenter leur endettement pour maintenir leurs niveaux de dépenses. La part des dépenses essentielles dans leur consommation est plus importante que pour les plus hauts revenus. Ces derniers peuvent reporter une partie de leurs dépenses et épargner. Ce qui a pour conséquence d’accroître encore les écarts de patrimoine. Une situation accentuée par la réponse rapide des banques centrales. «La taille sans précédent du soutien monétaire dans les pays avancés et dans les émergents a permis un rebond en V du prix des actifs, qui sont majoritairement détenus par les plus fortunés», relève Oxford Economics qui s’attend à ce que les taux restent bas pendant longtemps en raison de l’augmentation de cette épargne et de la forte demande pour les actifs sûrs, augmentant ainsi l’effet rareté.
Ce nouveau creusement des inégalités appellera des réponses politiques. «L’accroissement des inégalités de revenus à cause du Covid-19 pourrait aboutir à des manifestations politiques ou à un ‘Piketty Moment’ ; appelant des solutions plus drastiques telles que le revenu universel ou une couverture de santé universelle», jugent les économistes de Nomura.
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