La faillite de la supervision bancaire américaine
Lorsqu’il faudra faire le procès des responsables de la débâcle de Silicon Valley Bank, les dirigeants de la banque californienne trôneront au premier rang. Plus aptes à vendre leurs actions avant le désastre qu’à gérer un bilan, ils ont construit une bombe qui n’attendait que l’étincelle des hausses de taux pour exploser. Mais l’on trouvera à leurs côtés les législateurs et superviseurs américains, coupables d’avoir rendu possible cette catastrophe.
Tout, chez SVB, aurait dû attirer l’attention de la tutelle. Pourtant, la banque des start-up est passée sous les radars. Elle n’était pas soumise aux mêmes règles de solvabilité et de liquidité que les grands acteurs nationaux. Elle s’affranchissait aussi des normes comptables qui contraignent JPMorgan et consorts à reconnaître, dans leur bilan, la variation de valeur de leurs énormes portefeuilles obligataires. Elle profitait, enfin, de la complexité de la supervision bancaire aux Etats-Unis, partagée entre plusieurs autorités fédérales et régionales.
Sa croissance exponentielle n’a pas provoqué le moindre haussement de sourcil, car, en 2018, l’administration Trump a ménagé pour les prêteurs régionaux un régime d’exception. L’ancien président a décidé d’assouplir la réglementation Dodd-Frank, votée par Barack Obama dans la foulée de la grande crise financière. Trop coûteuse, trop chronophage, plaidait alors, main sur le cœur, le directeur général de SVB devant le Congrès.
Après la chute de Lehman Brothers, les autorités américaines l’avaient pourtant promis : plus jamais ça. La faillite des autorités, déjà, avait permis au poison des subprimes et à l’effet de levier excessif de naître aux Etats-Unis puis de contaminer le globe. Durant les quinze années suivantes, les banques internationales ont été priées, à juste titre, de renforcer leur capital et d’élever des digues. Elles l’ont fait en suivant des règles, celles du Comité de Bâle, qui consacraient paradoxalement le modèle bancaire américain. Les banques européennes l’ont payé d’une déprime boursière chronique. Pendant ce temps, Washington affaiblissait la lettre et l’esprit des textes, par calcul politique. Quand les Etats-Unis retiendront-ils la leçon de 2008 ?
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