La dernière chance des gérants actifs
On n’entend plus personne réclamer la fermeture de la Bourse depuis que celle-ci remonte. En un mois, les marchés actions ont effacé une bonne partie du plongeon de février et mars, et les valeurs technologiques américaines se paient même le luxe d’afficher une hausse de 20 % depuis le début de l’année. La violence du krach boursier de 1987 additionnée à des indicateurs conjoncturels dignes de la Grande Dépression, le tout multiplié par les effets de levier de 2008, égale, un mois plus tard, une correction somme toute modérée au vu de ces standards historiques. Une nouvelle génération de boursicoteurs en quête de bonnes affaires a même éclos, en France, sur les décombres des économies confinées.
Compte tenu de l’absence quasi totale de visibilité sur le niveau d’activité des prochains mois, cette performance ne laisse pas d’étonner. Les entreprises cotées commencent tout juste à évaluer les dégâts au gré des publications de résultats à fin mars. La saison du deuxième trimestre livrera un verdict encore plus brutal. Mais les marchés actions semblent déjà avoir tiré un trait sur 2020 pour se projeter, naturellement, sur l’année prochaine et intégrer dans les prix un rebond des bénéfices et des dividendes. Ils jouent aussi la répétition de 2009, lorsque l’intervention conjuguée des gouvernements et des banques centrales avait donné le coup d’envoi, notamment aux Etats-Unis, d’un long cycle de croissance économique et boursier. Cette fois, la politique monétaire ne se contente pas d’inonder le système financier de liquidités et de pousser, une fois encore, les investisseurs à la prise de risque. Elle devient un soutien direct aux indices. La Banque nationale suisse détient plus d’actions Facebook que Mark Zuckerberg, le fondateur du réseau social.
La période actuelle se caractérise toutefois par une forte dispersion des performances. Celle-ci a atteint des sommets en mars. Entre secteurs, parce qu’en plein confinement, la Big Tech fait plus rêver que les compagnies aériennes ; au sein d’un même secteur, parce qu’un tri s’opère déjà entre perdants et gagnants – ou survivants – de la crise sanitaire. En théorie, voilà pour les gérants actifs une belle occasion de faire valoir leurs talents, comme il en arrive deux ou trois fois dans une carrière, et de battre à plate couture les fonds indiciels qui leur taillent des croupières depuis plus d’une décennie. En théorie seulement, car la revanche de la gestion active, annoncée tous les ans avec tambours et trompettes, se heurte souvent douze mois plus tard à la réalité de performances en demi-teinte. L’industrie a une chance unique, la dernière peut-être, de justifier auprès de ses clients son rapport qualité-prix. Aux plus talentueux, et aux plus chanceux, de ne pas la laisser passer.
Plus d'articles du même thème
-
Les méga-IPO sont le dernier signe avant-coureur de bulle spéculative
L’introduction hors norme sur le Nasdaq de SpaceX a attiré une demande plus de 4 fois supérieure à l’offre avec une hausse de près de 20% de l’action à la première cotation. D’autres méga-IPO vont inonder le marché, avec des airs de déjà-vu et un parfum de bulle spéculative. -
« La croissance des bénéfices dans l’UE devrait être inférieure au consensus »
Michele Morganti, stratégiste actions senior chez Generali Investments -
La cotation de SpaceX nourrit l’attractivité de l’investissement spatial
Dans le sillage de l’entrée en Bourse de SpaceX vendredi 12 juin, la «commercialisation de l’espace» va devenir économiquement viable, relèvent deux études. Plusieurs secteurs connexes s’avèrent attractifs pour les investisseurs.
ETF à la Une
BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale change de directeur général
- Le Crédit Agricole est confronté à la reprise des grandes manœuvres en Italie
- L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
- Le commissariat aux comptes séduit plus que jamais les jeunes générations
- Le Crédit Agricole crée une société dédiée à l'IA pour y concentrer ses efforts
Contenu de nos partenaires
-
Tribune libreLa solidarité mondiale a besoin d’un nouveau modèle : la France peut continuer à ouvrir la voie
Face au repli des grandes puissances sur l’aide au développement, la France doit impulser un nouveau mouvement pour ranimer la solidarité mondiale, estiment dans cette tribune Philippe Douste-Blazy, Elisabeth Moreno et Yann Borgstedt -
Anthropic contraint de suspendre l’accès à son modèle d’IA Fable sur injonction de la Maison-Blanche
Le géant de l'IA a suspendu, vendredi 12 juin, l’accès à ses modèles Fable 5 et Mythos 5 après une injonction des autorités américaines. En Europe, cette décision relance le débat sur la dépendance du continent aux modèles d’IA venus des Etats-Unis -
Feu rougeFin du coup de pouce à la pompe pour les automobilistes allemands
La ristourne fiscale de 17 centimes par litre de carburant prendra fin le 30 juin. La coalition droite-gauche du chancelier Merz étudie des alternatives pour redonner du pouvoir d'achat aux Allemands