La crise rend le marché des fusions et acquisitions plus sélectif en Europe
Si la faillite de Lehman Brothers de septembre 2008 avait entraîné un quasi-arrêt des opérations de fusions-acquisitions, l’aggravation de la crise des dettes souveraines en Europe n’a fait que rendre les transactions plus sélectives dans la région au premier semestre, indiquaient hier les avocats d’Allen & Overy à l’occasion d’une conférence téléphonique sur les principales tendances de ce marché. Les intervenants «se sont concentrés sur des opérations stratégiques de taille importante», comme en Allemagne avec la cession des activités de transmission de gaz d’E.On à Macquarie pour 3,2 milliards d’euros ou le rachat par SAP de l’américain Ariba pour 4,3 milliards de dollars.
En Espagne, la volatilité accrue des marchés découlant des turbulences sur le secteur bancaire a ravivé l’attentisme des investisseurs étrangers, le gouvernement ayant par ailleurs réintroduit la possibilité de droits de vote différenciés pour dissuader des acquisitions hostiles d’actifs jugés stratégiques.
En France, outre le renforcement de la crise, «la perspective des élections présidentielles et législatives a freiné la reprise du marché, les investisseurs potentiels attendant désormais plus de clarté sur le détail des projets fiscaux du nouveau gouvernement». Cela a favorisé un audit approfondi des cibles et une concentration des opérations sur des secteurs considérés comme défensifs (biens de consommation, sciences de la vie).
Un intérêt particulier pour les achats de sociétés en difficulté (‘distressed assets’) a été constaté au Royaume-Uni, particulièrement dans les services financiers, la distribution, la santé, la construction et l’immobilier. Il s’agit le plus souvent «d’un deuxième round de cessions de la part de fonds de ‘private equity’ qui éprouvent des difficultés à se refinancer». En l’absence de cadre légal européen uniforme, des sociétés espagnoles ou allemandes ont également choisi d’ouvrir des procédures outre-Manche (‘creditor schemes of arrangements’ et ‘company voluntary arrangements’) pour faciliter la mise en œuvre de restructurations en utilisant le droit britannique.
Compte tenu de la pression qui pèse sur les banques pour qu’elles allègent leur bilan, «la baisse des refinancements bancaires du type ‘amend and extend’ a de fortes chances de se poursuivre au cours des prochains mois», conclut le cabinet d’avocats.
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