La crise fait le lit des arnaques financières
La crise financière est un terreau» pour les arnaques, a averti vendredi Benoît de Juvigny, secrétaire général de l’Autorité des marchés financiers (AMF), au cours d’une conférence commune avec l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Les deux régulateurs, qui présentaient le bilan annuel de leur pôle de contrôle commun mis en place il y a dix ans, alertent les particuliers sur la montée des tentatives d’escroqueries. Le 26 mars, une dizaine de jours après le début du confinement, ils avaient déjà mis «en garde par rapport aux placements atypiques et au risque d’arnaques», a rappelé Benoît de Juvigny.
Depuis le début de l’année, 220 noms supplémentaires ont été ajoutés à la liste des sites internet frauduleux, qui en comptait 1.200 fin 2019. La crise du Covid-19 a entraîné une multiplication des «appels aux dons et fausses cagnottes solidaires» et l’émergence d’«offres de crédit frauduleuses sur internet», signale Nathalie Beaudemoulin, coordinatrice des travaux de l’ACPR et l’AMF. Certains sites servent seulement à collecter les données personnelles des particuliers, via par exemple de fausses cagnottes pour les hôpitaux ou la chloroquine, quand d’autres proposent des investissements à fonds perdus dans de soi-disant valeurs refuge comme le whisky ou les places de parking des aéroports, illustre Claire Castanet, directrice des relations avec les épargnants à l’AMF.
Le pôle commun reste également vigilant sur la vente des produits d’épargne agréés, en particulier les unités de compte (UC) des contrats d’assurance vie. Mises en avant l’an dernier face aux taux négatifs qui érodent le rendement des fonds en euros, ces produits sont «plus attractifs mais plus risqués», rappelle Dominique Laboureix, secrétaire général de l’ACPR. «Le risque de perte en capital est encore trop souvent présenté pour les UC en note de bas de page», regrette Nathalie Beaudemoulin.
Plébiscitées en 2019, les UC ont continué à enregistrer des souscriptions nettes depuis le début de la crise, malgré la décollecte de l’assurance vie, liée aux retraits sur les fonds en euros. S’y ajoute le bond des achats d’actions en direct par les investisseurs particuliers, dont 150.000 nouveaux boursicoteurs entre fin février et début avril, en plein krach boursier. A l’autre bout du spectre, le confinement a fait grimper les dépôts bancaires et les placements liquides comme le Livret A. La Banque de France chiffre à 100 milliards d’euros l’épargne supplémentaire qu’engendrera la crise cette année.
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