La boucle prix-salaire est loin de se mettre en place en France
Le revenu disponible des ménages français n’est pas encore érodé par l’inflation, remarque la Société Générale. La tension sur les marchés du travail est une explication : le nombre de chômeurs par emploi vacant a atteint un plus bas de 3,2 au second trimestre en France, selon Eurostat. Les enquêtes réalisées auprès des entreprises confirment la difficulté à recruter : plus de la moitié des entreprises interrogées par la CPME indiquaient vouloir recruter mais avoir, dans 94% des cas, du mal à trouver des candidats. En parallèle, la Société Générale indique que les rémunérations ont progressé plus vite que les hausses de prix : la croissance du salaire moyen par tête (qui inclut les primes et les rémunérations exceptionnelles) atteint 6,1% d’une année sur l’autre au deuxième trimestre 2022, contre une inflation à 5,8% sur la même période.
Revalorisation du Smic
Une telle revalorisation annonce-t-elle la mise en place d’une boucle prix-salaires ? Le Smic et les revalorisations sur des secteurs concentrant de bas salaires exerceront une force de rappel. « Le Smic est indexé sur l’inflation, ce qui fonctionne comme un plancher pour les salaires : à mesure que le Smic est revalorisé, par effet de diffusion, le reste des salaires les plus faibles progressent, même si cela prend du temps », explique Charlotte de Montpellier, senior économiste chez ING. Les secteurs apparentés à celui de la restauration, par exemple, où les revalorisations salariales ont atteint 11% en 2022 d’une année sur l’autre, pourraient devoir ajuster les rémunérations sur les prochains mois.
La situation économique pourrait venir limiter ces transmissions. « Les mécanismes de fixation de salaire sont basés sur l’inflation passée, et il existe donc un retard entre la hausse de l’inflation et la remontée des rémunérations, rappelle Charlotte de Montpellier. Le risque est qu’entre le pic d’inflation et le pic de hausse des salaires survienne une récession, qui diminuerait fortement le pouvoir de négociation des salariés. » D’autant que les marges des entreprises ont déjà commencé à décliner : au deuxième trimestre, celles des entreprises françaises étaient tombées à 24%, après un plus haut à 27,5% mi-2021.
Enfin, la relation entre le chômage et le taux de croissance des salaires nominaux (courbe de Phillips) s’est beaucoup aplatie : l’affaiblissement du pouvoir de négociation des salariés empêche les pressions salariales de se matérialiser même lorsque le marché du travail est tendu. Les salaires auront du mal à rattraper l’inflation.
Plus d'articles du même thème
-
L’inflation chinoise reste élevée en mai à cause du coût de l’énergie
L’évolution des prix à la consommation reste contrastée entre les denrées alimentaires toujours en baisse et les transports qui continuent d’augmenter, mais l’inflation des prix à la production est au plus haut depuis quatre ans. -
L'inflation américaine a accéléré à 4,2% en mai
La hausse des prix à la consommation aux Etats-Unis s'est intensifiée le mois dernier, sous l'effet de la flambée des cours de l'énergie. L'essence a bondi de plus de 40% sur un an, tandis que l'inflation de base est restée contenue, à 2,9%. -
La BCE s'apprête à relancer un cycle de resserrement monétaire
La logique économique voudrait que la banque centrale remonte ses taux jeudi 11 juin de manière «préventive», sans annoncer la suite. Mais la logique monétaire amène plus souvent l'institution de Francfort à conforter ou orienter les marchés sur des vues restrictives pour lutter contre l’inflation.
ETF à la Une
BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale change de directeur général
- Le Crédit Agricole est confronté à la reprise des grandes manœuvres en Italie
- Le commissariat aux comptes séduit plus que jamais les jeunes générations
- L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
- Les banques affûtent leur stratégie de conquête dans l’immobilier
Contenu de nos partenaires
-
Jouer avec le feuEntre les Etats-Unis et l’Iran, le jeu dangereux de la confrontation sans escalade
Pour chacune des deux parties, l'objectif est de ne pas perdre la face. Et de garder intacts les leviers de négociation toujours en cours -
BagarreLes Vingt-Sept se jettent dans la mêlée budgétaire
Les gouvernements s’apprêtent à ouvrir les négociations pour l’exercice 2028-2034. Le chiffre de départ : près de 2 000 milliards d’euros -
Sky is the limit« L'entrée en Bourse de SpaceX dira si les marchés veulent suivre Elon Musk »
Pour la chercheuse Julia Tréhu, une IPO ratée pourrait raviver la crainte d'une bulle spéculative dans l'IA