La BCE joue gros dans la gestion de son virage monétaire
La BCE prend soin de ne pas rater son virage monétaire. Alertés par l’épisode du taper tantrum de 2013 qui a vu le taux 10 ans américain doubler en seulement 4 mois pour flirter avec les 3%, suite à l’annonce de l’arrêt des rachats d’actifs de la Fed, les membres du Conseil des gouverneurs de la BCE ont multiplié leurs interventions à 2 semaines de leur réunion du 26 octobre. Celle-ci doit sceller l’avenir de ses différents programmes de rachats d’obligations à partir de l’année prochaine. «Les commentaires des membres de la BCE ont été remarquables par leur cohérence d’ensemble et semblent suggérer que le Conseil des gouverneurs veut mettre l’accent sur la durée du programme davantage que sur le rythme des achats d’actifs», estime ainsi Frédérik Ducrozet, économiste chez Pictet.
Benoit Cœuré a insisté sur les dangers de maintenir les achats d’actifs pendant une durée trop longue en termes de déséquilibres financiers et ses conséquences négatives sur la stabilité des prix, justifiant ainsi le besoin pour la BCE de sortir progressivement de son QE maintenant que le risque de déflation semble écarté. De son côté, son président Mario Draghi a insisté jeudi dernier à Washington sur son engagement de maintenir les taux à leur niveau actuel «bien après» la fin de son QE. «Le ‘bien après’ est très, très important pour ancrer les anticipations de taux», a-t-il ainsi expliqué. «Il est très probable que le guidage des anticipations soit renforcé en termes de taux directeurs et de réinvestissement des titres arrivant à échéance, de manière plus explicite et plus accommodante», estime Frédérik Ducrozet.
La politique monétaire restera accommodante
Pour le moment, l’impact d’un tapering a été limité sur le niveau des rendements longs en zone euro. Les rumeurs sur une possible réduction de moitié du rythme des rachats mensuels de titres de la BCE, à 30 milliards d’euros, qui courrait au moins sur les neuf premiers mois de 2018, ont même entraîné un fort mouvement généralisé de détente des rendements et de compression des spreads vendredi. «Une réduction des achats concentrée sur les titres d’Etat permettrait de régler partiellement le problème de rareté des titres allemands. On pourrait également imaginer quelques surprises, dont une option portant sur de nouvelles opérations de refinancement ou bien un assouplissement des conditions des opérations de TLTRO existantes», ajoute Frédérik Ducrozet.
Le chef économiste de la BCE, Peter Praet, s’est montré favorable à ce que l’autorité communique sur sa future politique de réinvestissements, dont le montant total atteindra entre 30 et 40 milliards d’euros sur l’année 2018, contre moins de 10 milliards cette année. Ce qui permettra de limiter les tensions sur les rendements, selon Louis Harreau, stratégiste chez CA CIB. La BCE, dont le bilan atteint 4.338 milliards d’euros, réinvestit actuellement l’ensemble de ses titres arrivant à maturité. «Même si nous arrêtons complètement les rachats d’obligations, la politique monétaire resterait très accommodante», a ainsi expliqué Sabine Lautenschläger, qui fait partie des membres les plus faucons de la BCE.
Marion Amiot, économiste chez Oxford Economics, estime qu’une réduction des rachats mensuels de la BCE de 20 milliards d’euros aurait un effet limité à 0,2 pb sur le rendement du Bund et de 0,04% sur le taux de change de l’euro, alors que l’ensemble des 2.300 milliards d’euros de rachats effectués par la BCE a fait reculer le taux allemand de 40 pb, et l’euro de 10%. «Tant que les marchés attendront que la BCE continue de conserver les titres à son bilan et de maintenir la rareté des obligations, elle continuera à exercer une pression baissière sur les taux et l’euro», explique-t-elle.
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