La BCE craint la désertion des investisseurs japonais en zone euro

Une remontée des taux japonais pourrait détourner les investisseurs nippons des marchés obligataires mondiaux, notamment en zone euro, et provoquer des turbulences.
BoJ Banque du Japon Tokyo
La Banque du Japon à Tokyo  -  © Bloomberg

Il est rare qu’une grande banque centrale s’épanche sur la politique d’une de ses consœurs. C’est pourtant ce que fait, mercredi, la Banque centrale européenne (BCE) dans la dernière édition de son rapport de stabilité financière. L’institution de Francort met en garde les marchés obligataires mondiaux contre les effets d’une normalisation de la politique monétaire de la Banque du Japon (BoJ).

«Un abandon de l’environnement de taux faibles au Japon pourrait mettre à l’épreuve la résilience des marchés obligataires mondiaux», estime la BCE dans un chapitre de son rapport. Les investisseurs nippons sont en effet de gros intervenants sur les marchés mondiaux de la dette, notamment en euro. Ils profitent de taux d’emprunt plus bas, en yen, pour investir dans des titres en devises plus rémunératrices, comme le dollar ou l’euro, une stratégie de portage connue sous le nom de carry trade. A fin 2022, les investisseurs japonais détenaient ainsi plus de 1.000 milliards de dollars de Treasuries américains, et l’équivalent d’environ 500 milliards de dollars d’emprunts d’Etat de la zone euro, rappelle la BCE. S’agissant de la France, 6% du stock de dette en circulation seraient même aux mains de Japonais.

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Les stratégies de portage menacées

«Un déclin rapide dans les différentiels de taux d’intérêt et une volatilité accrue des taux de change pourraient réduire l’attractivité des ‘carry trade’», souligne la BCE. La remontée des taux japonais rendrait aussi plus rémunérateurs les actifs locaux et inciterait les investisseurs à rapatrier leurs avoirs. Enfin, les pertes comptables enregistrées sur les portefeuilles obligataires locaux et la remontée des primes de risque devraient freiner l’appétit pour le risque des gros assureurs ou fonds de pension nippons. Et donc leur volonté d’investir leurs portefeuilles hors de leurs frontières.

Alors que les banques centrales du monde entier ont relevé leurs taux à un rythme sans précédent depuis début 2022, Tokyo est resté à l’écart de ce mouvement. Les autorités ont maintenu une politique très laxiste, caractérisée par un contrôle du niveau des taux d’intérêt à 10 ans. En décembre 2022, la BoJ a cependant élargi la bande de fluctuation pour les emprunts d’Etat à 10 ans. Une décision inattendue, qui a provoqué une remontée du yen et alimenté les spéculations sur une prochaine sortie de la politique monétaire ultra-accommodante. Si le nouveau gouverneur de la BoJ, Kazuo Ueda, assure garder son cap, «l’inflation au Japon a augmenté au cours de l’année écoulée, ce qui conduit les acteurs du marché à s’attendre à ce que la Banque du Japon commence à normaliser sa politique monétaire», rappelle la BCE.

Gare aux secousses sur les marchés obligataires si les flux de portefeuille devaient revenir au Japon, prévient donc l’institution. L’effet sur le prix des emprunts d’Etat pourrait être «significatif», en particulier «sur les segments les plus concentrés». Des marchés qui, en 2023, doivent déjà supporter le retrait d’un autre gros acheteur de dette… la BCE.◆

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