La banque centrale turque marque son indépendance
La banque centrale turque (CBRT) a frappé fort hier, quitte à pénaliser l’activité et à froisser le pouvoir. En relevant le taux repo à une semaine de 625 pb, en haut de la fourchette de prévision de 225 à 725 pb, soit 1.125 pb depuis avril, à un niveau de 24%, la CBRT a choisi de préserver la stabilité financière. Une décision saluée par le rebond temporaire de 6% de la livre face au dollar, et de toutes les devises émergentes, de 1,2% en moyenne. La dépréciation de 40% de la devise cette année a propulsé l’inflation turque à un plus haut depuis 2003 de 17,9%, et ancré les anticipations au-dessus de 10%. Après avoir eu recours au taux de prêt au jour le jour de 19,25% pour les refinancements interbancaires, la CBRT reprendra dès aujourd’hui le taux repo comme référence, ce qui limite ainsi la portée réelle de son resserrement d’hier à 475 pb.
«Un environnement mondial moins favorable lié à la force du dollar, aux tensions géopolitiques, et aux déséquilibres macroéconomiques constituent les facteurs qui ont ramené l’attention sur la Turquie au sein des marchés émergents, avec une forte hausse de la volatilité sur les marchés locaux, la chute de la livre à son plus faible niveau depuis la crise de 1994 en termes de taux de change effectif réel, et des rendements obligataires à leurs plus hauts niveaux depuis la crise financière», explique ING.
La mainmise économique de Recep Tayyip Erdogan, qui s’est autoproclamé président du fonds souverain, et a rappelé hier son opposition à la politique de hausse de taux, jette cependant un voile sur le maintien durable de l’indépendance de la CBRT. De même que la volonté du président d’interdire les transactions en devises entre entreprises turques.
Le pays coche un grand nombre de cases qui le rendent vulnérable à une crise externe, avec un déficit courant de 7% du PIB, le plus élevé des principaux pays émergents, qui n’est couvert qu’à hauteur de 1% par les investissements étrangers, et très dépendant des flux de court terme. Or, si les flux de portefeuilles constituaient jusqu’ici sa principale source de financement, leur assèchement récent a forcé les banques à prendre le relais. La dette en devises étrangères de l’Etat, des sociétés et des ménages représente 72% du PIB. En outre, le maintien d’un faible déficit budgétaire (1,3% en moyenne depuis 2011) a certes permis de ramener la dette de 44% en 2009 à 28,3%, mais il repose sur une croissance moyenne de 6,5%, qui menace de ralentir fortement.
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