Euronext lance une place de marché unique pour ETF
La fin d’un dysfonctionnement européen. Euronext, l’infrastructure de marchés de capitaux paneuropéenne, annonce ce 30 septembre le lancement d’Euronext ETF Europe, une place de marché destinée à l’ensemble des ETF et ETP (fonds et produits) négociés en Bourse. L’objectif : résoudre les fragmentations historiques des chaînes post-négociation de liquidités, qui rendent peu efficace la distribution des OPCVM cotés.
«Contrairement aux Etats-Unis qui bénéficient d’activités post-négociation rationalisées grâce à la Depository Trust & Clearing Corporation (DTCC), l’Europe est composée de nombreux marchés réglementés, chacun ayant ses propres dispositions post-négociation, compare Aurélien Narminio, responsable indices, ETFs et securitised derivatives chez Euronext. Résultat, la liquidité est fragmentée et n’est pas disponible pour tous les investisseurs», pointe-t-il.
Pour illustrer les divergences de traitement, les Bourses de Paris, Amsterdam et Milan recourent pour le clearing, soit la compensation - validation et finalisation des transactions financières entre les parties impliquées -, à Euroclear Bank, France, Netherlands ou Euronext Securities selon les cas. Le settlement (règlement) est assuré par Euroclear. La Bourse de Francfort, Xetra, s’appuie respectivement sur Eurex et Clearstream quand la place suisse Six fait appel à Six x-clear et Six SIS. Un véhicule coté à Londres sur le London Stock Exchange (LSE) sera traité par une chaine post-trade qui engage LCH Clearnet et Euroclear... Un tel éclatement et une telle complexité sont l’ennemi de la fluidité et de la liquidité souhaitées par les investisseurs.
Dispersion
Dès lors, à ce jour et selon Euronext, un même ETF est en moyenne coté 3,5 fois. Sur les 3.500 fonds listés à Milan, Paris et Amsterdam qui assurent le gros des volumes, 834 d’entre eux sont communément cotés sur ces trois places. «Les émetteurs d’ETF sont aujourd’hui contraints de lister un même produit sur plusieurs plateformes pour le rendre accessible à différents marchés locaux, explique le dirigeant d’un fournisseur de fonds indiciels cotés. Si l’on souhaite diffuser une stratégie en Italie, par exemple, et toucher les canaux de distribution du pays (banques, conseillers patrimoniaux, plateformes en ligne, etc.), il est impératif d’être coté localement. Ce qui suppose un traitement post-négociation également domestique.»
De quoi faire grimper drastiquement la note pour la société de gestion qui doit acquitter l’ensemble des coûts administratifs, ajoutés aux frais opérationnels associés, multipliés par autant de places de cotation.
Par effet boule de neige, les apporteurs de liquidités sont également exposés à de nombreux intermédiaires nécessaires au règlement des transactions transfrontalières. De quoi pénaliser l’investisseur final et en l’espèce le particulier.
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Point de connexion commun
Pour y remédier, Euronext propose un point d’entrée unique. L’opérateur boursier a tissé des passerelles entre l’ensemble de ses sept marchés : Paris, Milan, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Dublin et Oslo et leur écosystème ETF. Euronext ETF Europe, qui sera pleinement déployée en septembre 2026, assurera la cotation, la négociation, la compensation et le règlement-livraison, embarquant sur son passage une myriade d’intermédiaires : émetteurs, teneurs de marché, distributeurs, dépositaires… jusqu’aux investisseurs finaux.
«Pour la première fois, les émetteurs d’ETF pourront coter un produit une seule fois et accéder à tous les marchés d’Euronext», se réjouit une société de gestion. Simplification des procédures administratives comme la contraction d’un seul contrat avec les market makers par exemple, réduction des doublons réglementaires… «L’économie de coûts pourrait atteindre plusieurs milliers d’euros par ETF et par an», prophétise-t-elle.
Les apporteurs de liquidités, chaînons centraux dans l’élaboration du juste prix d’une part d’ETF, verraient aussi leurs frais fléchir et accéder à une meilleure profondeur de marché. Pour assurer et consolider la liquidité entre les places, Euronext crée, pour cette occasion, un carnet d’ordres centralisé alimenté par sa plateforme de négociation Optiq. Tous les participants bénéficieront de données de marché communes et accessibles à un seul endroit. Quant aux opérations post-négociation, elles seront améliorées «grâce à une compensation consolidée et un règlement simplifié, réduisant les charges opérationnelles et les exigences de fonds propres», explique Euronext. En résumé, toutes les transactions seront compensées par Euronext Clearing et le règlement des ETF libellés en euro proposé par Euronext Securities. Une révolution copernicienne qui sera pleinement actée dans une année.
Le schéma de simplification devrait in fine améliorer les prix proposés aux investisseurs individuels, et aussi «très largement accroître leur bonne compréhension de ces produits, tout en offrant aux institutionnels un outil de comparaison de leurs transactions généralement opérées en OTC (over-the-counter)», assure le fournisseur de fonds listés. En effet, Euronext joue «son va-tout». En Europe, environ 60% des transactions d’achat/vente de parts d’ETF ont encore lieu de gré à gré. Des volumes qui échappent toujours aux places boursières.
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