En pleine tourmente, la Turquie revoit son programme économique
Berat Albayrak monte au front. Après plusieurs jours de crise, marquée par une accélération de la chute de la lire, le ministre turc de l’Economie dévoile aujourd’hui un nouveau modèle économique pour le pays, en proie à une inflation galopante (15,85% en juillet après 15,39% en juin). Dans un bref document publié hier, le ministère de l’Economie a donné les grands axes de ce nouveau programme : limiter la croissance du PIB entre 3% et 4% en 2019, contre 5,5% prévu cette année par le gouvernement ; réduire le déficit courant à 4%, deux points de moins que le niveau attendu pour 2018 ; et enfin réduire l’inflation sous les 10% aussi rapidement que possible.
Ces premières annonces n’ont pas permis de calmer les marchés. La lire a encore cédé 4% hier, tombant à un plus bas historique de 5,5033 pour un dollar. Les investisseurs se demandent bien comment le gouvernement pourrait parvenir à stopper l’inflation aussi rapidement sans hausse des taux de la Banque centrale. Or, un resserrement monétaire parait hautement improbable. Le président turc Erdogan est un farouche opposant aux hausses de taux d’intérêt et l’indépendance de la Banque centrale turque est très limitée. Le mois dernier, malgré une inflation trois fois supérieure à sa cible de 5%, la banque centrale a laissé ses taux inchangés.
La Turquie a pourtant besoin d’arrêter rapidement la chute de la lire (-31% depuis le début de l’année), a prévenu hier l’agence de notation Fitch, qui s’inquiète de la détérioration du sentiment du marché depuis la dégradation de sa note à BB le 13 juillet. A court terme, la solution passe par une résolution de la crise diplomatique actuelle avec les Etats-Unis. Ces derniers ont imposé depuis le 1er août des sanctions envers deux ministres turcs pour protester contre le placement en résidence surveillée du pasteur Andrew Brunson, accusé de terrorisme par Ankara. Les Etats-Unis menacent également de bloquer 1,7 milliard de dollars d’exportations turques.
Hier, Berat Albayrak a assuré que les entreprises turques n’avaient aucun problème de liquidité. Néanmoins, avec la chute de la lire et les sanctions américaines, la porte des marchés financiers internationaux leur est fermée. Les banques turques seraient les premières victimes en cas de fermeture prolongée de l’accès aux financements.
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