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Des pistes existent pour réconcilier la finance traditionnelle et la finance décentralisée
La TradFi et la DeFi sont rivales. La TradFi, c’est le monde que les plus de vingt ans connaissent bien. Le monde des banques traditionnelles, où coexistent deux formes de monnaie, publique (les billets et les réserves des banques) ou privée (les dépôts à vue). La monnaie y a cours légal. Le cadre juridique et fiscal est celui de l’Etat-nation souverain (les pays de la zone euro sont dans une situation hybride). L’organisation monétaire est hiérarchisée, le service y est bon et moderne, mais il est jugé cher et parfois lent dès lors que l’on sort de sa zone monétaire.
La DeFi est le monde alternatif, celui des cryptomonnaies, apparu en 2009, avec le bitcoin. C’est un système qui se joue des frontières. Son domaine est celui de l’internet, sa technologie, la blockchain. Il a pour ambition de se dégager de la pesanteur des Etats, des intermédiaires et des « tiers de confiance », de substituer à celle basée sur des institutions, une confiance issue du consensus, grâce à la technologie.
Au début, les cryptomonnaies (bitcoin et ether sont les principales) étaient des monnaies produites, comme l’or. Ni une dette des banques commerciales ni celle des banques centrales, elles n’étaient la dette de personne. Le bitcoin s’est révélé résilient et attractif comme instrument de spéculation, mais volatil, cher et peu efficace comme monnaie de paiement. Sont apparus alors les stablecoins qui ont gardé la technologie (internet, blockchain) mais ont mis un pied dans la porte d’entrée de TradFi en s’arrimant aux devises traditionnelles (en fait au dollar) et aux actifs sûrs que sont les dettes des Etats et en faisant la promesse de la parité à la devise correspondante. Ce sont donc des monnaies de paiement au porteur, qui sont une créance sur un émetteur privé (non nécessairement bancaire) bien identifié. Le monde de DeFi est minuscule en regard du géant TradFi. Bitcoin et les cryptomonnaies historiques représentent environ 3.000 milliards de dollars, mais les stablecoins seulement 200 à 250 milliards, à comparer à une masse monétaire mondiale au sens étroit (M1) de plus de 50.000 milliards. Pourquoi s’en préoccupe-t-on alors ?
A lire aussi : Le stablecoin libère la liquidité
Une fois de plus, Trump a frappé. Il a donné, avec le Genius Act en mars 2025, un cadre pour faciliter l’entrée des stablecoins en dollar dans l’univers de TradFi : contrôle financier des émetteurs, vérification des participants, règles limitant les risques et rendant la promesse crédible, incitation financière forte à émettre (le seigneuriage). L’univers des stablecoins dispose d’atouts sérieux : ils sont d’emblée mondiaux, ils peuvent être à l’œuvre 24 heures par jour et 365 jours par an, et ils ont, grâce à la blockchain, « l’atomicité », cette capacité à traiter simultanément le paiement, l’échange sûr pour les deux parties, la comptabilisation et l’information des protagonistes. Nul doute que les chiffres vont exploser d’ici quelques années. DeFi est beaucoup plus important que les chiffres ne le laissent croire. Deux questions se posent : que doit faire l’Europe ? comment vont évoluer ces deux mondes ?
Il est temps pour l’Europe de se préoccuper d’avoir une blockchain crédible à l’échelle internationale
Que doit faire l’Europe ?
L’Europe ne dispose pas de la monnaie de référence, mais néanmoins d’une monnaie respectée et appréciée, assez loin derrière le dollar. Elle ne dispose pas de l’avance technologique des Américains. Elle a une monnaie commune à vingt Etats. Elle est résolument dans l’univers de TradFi. Mais ses banques (et le crédit) jouent un rôle important et sont sophistiquées. Et la BCE mène la danse. Elle a clairement indiqué son souhait de définir et de lancer une monnaie numérique de banque centrale (MNBC). A ce jour, les stablecoins en euro n’existent quasiment pas, puisque 99 % d’entre eux sont en dollar, aux mains de deux émetteurs, Tether, basé à Singapour et Circle, aux Etats-Unis. On sait en outre que, côté émetteur de stablecoins, il y a une tendance au monopole naturel et les premiers arrivés deviennent les acteurs prépondérants.
Ensuite, la souveraineté de l’Europe, qui fait cruellement défaut en matière de moyens de paiement, est une priorité, et repose aussi sur la technologie. Or, nous ne disposons pas de la blockchain qui, seule peut assurer un minimum de souveraineté monétaire dans l’univers de la DeFi à l’Europe. Il est temps de se préoccuper d’en avoir une, crédible à l’échelle internationale et qui pourrait être utilisée systématiquement pour les stablecoins de paiement en euro.
L’autre volet est celui de la modernisation des dépôts bancaires : faire du neuf avec du vieux, et amorcer le mouvement inverse, c’est-à-dire pénétrer l’univers des DeFi.
L’hybridation de TradFi et de DeFi
Des réflexions sont en cours en Europe, en Asie et aux Etats-Unis pour « tokeniser » les dépôts, c’est-à-dire les rendre adaptés à l’univers des blockchains, avec toutes les qualités de cette technologie, afin de faire en sorte que ces dépôts soient en tout point semblables à des dépôts traditionnels et dépendent du droit monétaire, et non de celui de la DeFi (ni MiCA ni Genius Act). Les banques centrales y ont intérêt, parce que cela leur donne un meilleur contrôle de la monnaie et de la stabilité financière.
Les banques redeviendraient complètement compétitives vis-à-vis des stablecoins de paiement, y compris à l’échelle internationale. Surtout, les agents non financiers y gagneraient en coût, en continuité et en sécurité. Et les « néo-banques » (les Revolut, Quonto et autres), déjà à cheval entre les deux mondes, pourraient se développer et concurrencer les banques plus traditionnelles. Cette hybridation ne sera pas une fusion : certains aspects de la DeFi resteront irréconciliables avec TradFi mais on entrevoit désormais comment combiner le meilleur des deux mondes. A la fin, les bouleversements technologiques peuvent être des bénédictions.
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