Credit Suisse est dans le viseur des Etats-Unis pour ses prêts LBO
La crainte d’une bulle du LBO (leverage buy-out) semble de retour aux Etats-Unis. La Réserve fédérale (Fed) a récemment demandé à Credit Suisse de régler les problèmes relatifs à ses prêts à effet de levier, jugés trop risqués, a révélé hier le Wall Street Journal qui cite une source proche du dossier. Dans une lettre reçue il y a quelques semaines, elle reproche au groupe helvétique une attitude inadaptée aux recommandations émises l’an dernier par les régulateurs américains. Celles-ci incitent les banques à éviter les opérations incluant trop de dette ou trop peu de protections pour les prêteurs en cas de défaut, notamment dans le cadre de rachats d’entreprises par des fonds de capital-investissement.
Avec 13,4% de parts de marché et 9 milliards de dollars de prêts LBO depuis janvier, Credit Suisse domine tous ses concurrents sur le sol américain, et en premier lieu Deutsche Bank et JPMorgan, selon les données de Dealogic au 17 septembre. Encore deuxième l’an dernier (avec seulement 8,6 milliards de dollars sur 12 mois), la banque profite pleinement de l’engouement pour ce type de financements.
Sur les neuf premiers mois de l’année, la production totale de crédits LBO est au plus haut depuis 2008, à 68,8 milliards de dollars, d’après Dealogic. Signe de surchauffe, la proportion de prêts dont le ratio de dette dépasse 6 fois l’Ebitda des sociétés financées atteint cette année 49,4%, selon Standard & Poor’s (au 11 septembre). Ce niveau est deux fois plus élevé qu’en 2013 et proche des 52% observés en 2007 au moment de la bulle LBO, balayée peu après par la crise financière.
Il n’est pas certain que Credit Suisse soit la seule banque visée par la Fed à ce jour, selon le Wall Street Journal. Les régulateurs américains pourraient intenter d’autres actions à l’encontre des établissements qui ne respectent pas les consignes édictées en mars 2013, qui prévoient notamment une limitation des contrats covenant lite (à clauses allégés) et des reports d’échéances. Pour les banques en revanche, les prêts LBO restent une manne alléchante, alors que la faiblesse des taux d’intérêt érode leurs marges sur les crédits plus traditionnels.
En dehors du segment des LBO, le levier moyen des prêts à haut rendement aux Etats-Unis «est resté relativement constant ces derniers trimestres», pointe une récente note de la recherche crédit de Barclays. Selon ses analystes, «le levier a augmenté de façon continue, pas seulement ces derniers trimestres, mais de façon régulière depuis la crise financière», jusqu’à dépasser récemment le pic de 2007.
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