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Conflit au Moyen-Orient : cinquante nuances de mesures prises pour faire face à la montée des prix de l’énergie
Depuis le 28 février, beaucoup d’entreprises font de leur mieux pour évaluer l’ampleur de l’impact du conflit au Moyen-Orient sur leur activité. Plus celui-ci dure, plus elles sont affectées, les effets du conflit devenant de plus en plus diffus en pénalisant de plus en plus de filières : au pétrole et au gaz s’ajoutent désormais les engrais, l’agroalimentaire, l’aluminium ou encore le plastique. Les Etats ont tendance à entreprendre des démarches comparables à celles des entreprises : puisqu’ils se retrouvent dans des situations très différentes les uns des autres, ils doivent évaluer leur exposition à ce risque pour prendre des mesures calibrées permettant de limiter les effets du choc, en particulier pour les pays importateurs d’énergie.
Cette forte hausse des cours mondiaux de l’énergie implique en effet un transfert de richesse des pays consommateurs de pétrole et de gaz vers ceux qui en produisent (sauf pour ceux empêchés d’exporter leur production dans le cas actuel). Pour les premiers, un choix difficile doit donc être fait, puisqu’il faut répartir cette charge supplémentaire imprévue entre les consommateurs, les entreprises et l’Etat.
La première option consiste à ne prendre aucune mesure, c’est-à-dire laisser les prix d’essence à la pompe augmenter. C’est ce qui a été observé dans de nombreux pays, par exemple en Europe, mais y compris dans certains qui produisent du pétrole (mais qui restent dépendants des prix internationaux car ils importent du pétrole brut ou raffiné) comme le Nigéria ou encore l’Equateur.
Ensuite, pour protéger le consommateur des fluctuations excessives des prix de l’énergie, de très nombreux pays ont mis en place des mécanismes de subventions directes à la consommation. Ils peuvent prendre plusieurs formes : d’après l’Agence internationale de l'énergie (AIE), les subventions à l’énergie regroupent «toute action gouvernementale qui concerne principalement le secteur de l'énergie et qui abaisse le coût de production de l'énergie, augmente le prix reçu par les producteurs d'énergie ou diminue le prix payé par les consommateurs d'énergie».
Le nombre et la diversité de ces mesures annoncées depuis le début du conflit soulignent la grande vulnérabilité de beaucoup de pays face à ce choc
Allocations ciblées
Si elles ont le mérite de protéger les ménages et les entreprises du choc, elles n’incitent pas les consommateurs à réduire leur demande d’énergie en période de cours mondiaux élevés. C’est la raison pour laquelle le Fonds monétaire international recommande généralement de les supprimer graduellement et de les remplacer par des allocations plus ciblées, versées aux ménages qui en ont le plus besoin. Ces transferts monétaires ont en effet l’avantage de pouvoir cibler plus facilement les catégories les plus vulnérables (dont les entreprises des secteurs les plus en difficulté en plus des ménages à bas revenu). Comparativement aux subventions, ces transferts permettent aussi de ne pas entraver la bonne transmission des prix internationaux aux prix domestiques et ainsi de limiter le risque de surconsommation.
Au total, l’AIE dénombrait le 14 avril dernier 49 pays ayant décidé depuis le début du conflit au moins une mesure en soutien des consommateurs locaux, soit sous forme de subvention directe ou d’aide fiscale. Si parmi eux figurent sans surprise beaucoup de pays européens (21) et asiatiques (13), des pays de toutes les régions font partie de cette liste.
Diversification des approvisionnements
Mais tous les pays ne peuvent pas se permettre de voir leurs finances publiques déjà fragiles se dégrader davantage. Pour eux, des mesures visant à contraindre la demande locale en énergie sont envisageables. Le rationnement en fait partie : au Sri Lanka, chaque automobiliste a désormais le droit d’acheter seulement 15 litres d’essence par semaine. Mais l’AIE en recommande plusieurs autres, tels que le télétravail (désormais imposé pour les fonctionnaires en Thaïlande), la semaine de travail de quatre jours (annoncée aux Philippines), la réduction de la vitesse des véhicules, l’utilisation accrue des transports en commun ou encore la limitation du transport aérien (même si de telles mesures ne sont pas nécessairement efficaces et applicables dans tous les pays). En Egypte, un « couvre-feu » a même été décidé : restaurants et cafés doivent désormais fermer à 21h au plus tard. Mais ce type de mesure, qui rappelle les confinements de 2020 et 2021, contribue à réduire l’activité économique et donc aussi les finances publiques in fine. Cet inconvénient n’a pas empêché 32 pays de prendre des mesures visant à limiter la consommation d’énergie depuis le début du mois de mars.
Le nombre et la diversité de ces mesures annoncées depuis le début du conflit soulignent la grande vulnérabilité de beaucoup de pays face à ce choc. Mais, après la pandémie de Covid-19, la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la montée des droits de douane américains et enfin ce conflit au Moyen-Orient, rien ne vaut, pour un pays, une stratégie visant à diversifier les pays d’origine de ses approvisionnements pour se protéger le plus possible contre le risque d’un futur choc d’offre à long terme.
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